Ο πόλεμος ΗΠΑ και Σιωνισμού κατά του Ιράν, συνέντευξη της Leila Ghanem στον Δημήτρη Κωνσταντακόπουλο

Interview de Leila Ghanem a Defend Democracy Press

  1. La stratégie des États-Unis est toujours la même : d’abord des sanctions pour affaiblir le gouvernement du pays qu’ils veulent attaquer, puis une attaque militaire. L’Iran a subi 47 ans de sanctions et non seulement il n’a pas succombé, mais il s’est préparé à une guerre de longue durée contre les États-Unis et Israël. Comment cela a-t-il été possible ?

Il y a un proverbe persan en forme de question et réponse. l’un demande : « comment tu définis un persan authentique ? ; vient la réponse : « c’est celui qui parle d’une chose alors qu’il a à l’esprit autre chose, et dans son cœur encore autre chose, et qui détient dans sa sacoche un plan de rechange dans le cas ou toutes les autres possibilités n’ont pas fonctionné ».

La patience n’est -elle pas la meilleure des vertus en Iran ? . « La personnalité iranienne qui a horreur du vide[1], qui ne laisse rien au hasard, qui explore avec sagesse toutes les possibilités offerte »[2] »  Force de constater donc que l’art, l’architecture, la littérature, la poésie, reflètent bien cet esprit. Ne dit-on pas en Iran : « petit à petit la laine devient tapis » ; L’art des miniatures, de la mosaïque, les plus merveilleux des tapis ne sont-ils pas persans ?

L’impérialisme barbare, s’attaque aujourd’hui à un pays d’une civilisation millénaire, au pays des sept merveilles du Monde. Arundati Roy l’auteur Indienne (prix Booker de littérature), s’indigne devant l’horreur, et se demande :  « Comment pouvons-nous permettre aux barbares de bombarder ces magnifiques cités  patrimoine de l’humanité que sont  Téhéran, Ispahan, Shiraz, après Baghdâd et Beyrouth? »

La personnalité de l’Iran basée sur l’endurance lui a permis en outre de gérer sa mosaïque ethnique très diverse. Sa population dépassant les 90 millions est composée de 9 nationalités, les persans étant la plus grande minorité ne représente que la moitié (51% des perses, 24% des Azéries, 17% des kurdes, 3% des baluches, et autant de turkmènes, 2% des arabes, et autant des Loris …)

Depuis le déclenchement de la guerre israélo-américaine contre ce pays début mars, il était clair que les forces armées iraniennes ont appris de leurs erreurs de la guerre de 12 jours en améliorant leur tactique guerrière et la gestion de leurs stocks de munitions et d’armement stratégique. Ils ont opté comme expliquent leur leader pour le temps pour une guerre de longue haleine que leurs ennemis ne supportent pas.

« Nous nous sommes préparés à une longue guerre parce que nous savions que nous allions être attaqués, et d’après l’expérience de la guerre précédente, nous

« En termes militaires conventionnels, (l’Iran) ne gagne pas, mais il n’est pas obligé de gagner ainsi », a déclaré Narges Bajoghli, professeur associé d’études du Moyen-Orient à l’université Johns Hopkins, ajoutant que « toute la stratégie iranienne repose sur la guerre asymétrique où cela rend coûteux la poursuite de la guerre. »

Les États-Unis et les pays arabes du Golfe ne peuvent « tolérer indéfiniment » le commerce pétrolier perturbé et la hausse des prix, a déclaré Bajoghli. « À quel moment vont-ils dire ‘assez’ ? Ce sont les leviers que l’Iran pousse. »

la structure de la pensée stratégique iranienne

Une comparaison entre l’Iran d’une part, et les États-Unis et Israël d’autre part, montre une différence profonde dans les modes de conduite de la guerre, tant en termes de doctrine militaire que juridique.

Alors que le modèle américano-israélien pratique la doctrine de l’anticipation:  ces pays s’appuyant dans leurs guerres sur la logique des frappes préventives et le changement de l’équilibre des forces par la force,

L’Iran, en revanche, tend à adopter un schéma basé sur la dissuasion plutôt que sur l’initiative.

On remarque que le comportement de l’Iran s’est toujours  caractérisé par l’évitement d’une guerre conventionnelle directe à grande échelle, plutôt que de s’appuyer sur des réponses calculées visant à rééquilibrer sans sombrer dans une confrontation totale. C’est toujours l’idée de la durée, de la patience, au servir de la bonne cause.

Le porte-parole de l’armée iranienne, Amir Akramina, a déclaré il y a quelques jours « que cinq décennies d’ordre régional dirigé par les Américains au Moyen-Orient se sont « effondrés aujourd’hui ».

Tactique guerrière adaptée à une guerre de longue haleine

Cette tactique dite du gradualisme consiste à ne pas montrer toutes ses armes. Ainsi la première semaine de la guerre, la qualité des munitions (missiles et drones) utilisées lors des opérations militaires contre Israël, appartenaient à des stocks dites de vieilles générations. La 2ème semaine à partir du 9 mars,  l’Iran a utilisé pour la première fois, des roquettes à fragmentation lors du bombardement sur Tel-Aviv.

Les rapports militaires indiquent que l’Iran utilise un certain nombre de missiles balistiques capables de transporter des ogives à sous-munitions, y compris des missiles des familles Khorram-shahr, Imad, Qadr et Zulfiqar. Le missile Khorramshahr est considéré comme le plus dangereux dans ce domaine en raison de sa longue portée et de sa charge utile importante, car il peut transporter une ogive pesant une à deux tonnes et sa capacité à déployer un grand nombre d’ogives. Il est également rapporté que certaines de ces ogives s’ouvrent à haute altitude, à environ 7 kilomètres au-dessus de la zone ciblée, dispersant les petites bombes qu’elles contiennent sur une zone pouvant atteindre environ 8 kilomètres de diamètre, ce qui rend le tir relativement large.

Quant à la difficulté d’intercepter ce type de roquette par Israël, le principal problème réside dans le moment où l’ogive s’ouvre et qu’un projectile se transforme en dizaines de petites cibles. Ainsi, pour obtenir une interception efficace, le missile doit être abattu avant de se détacher, c’est-à-dire à un stade précoce et à haute altitude, qui échappe au système israélien « Hitz/Arrow 3 » conçu pour ce type de menace.

Vu la distance qui sépare Israel de l’Iran, le grand défi pour l’Iran c’est que son missile ne soit pas intercepté précocement avant d’atteindre le stade de fragmentation, les sous-bombes devenant très petites, multiples et dispersées, ce qui affaiblit la capacité des radars et des systèmes conventionnels, y compris le Dôme de Fer, à les affronter une par une.

Sur la base de tous ces faits, les roquettes iraniennes en grappes ou fragmentation sont considérées par Israël et les USA comme une arme inattendue qui constitue une menace physique majeure, et en même temps comme un outil de pression psychologique qui prolonge le temps de danger et l’étend géographiquement.

et que l’objectif n’était pas seulement d’infliger des pertes, mais aussi de « maintenir la population sous une pression constante. »

Stratégie de l’Iran et leçons du passé

Ce que nous observons aujourd’hui est le résultat de décennies de surveillance attentive iranienne des schémas militaires américains et occidentaux en Afghanistan, en Irak, en Syrie et au Yémen afin de construire une stratégie d’ « attrition intelligente ».

Cette supériorité qualitative trouve son origine dans l’idéologie militaire s’appuyant sur  « une stratégie basée sur la création d’anticorps qualitatifs contre les armes ennemies. Téhéran a remplacé les plateformes massives coûteuses, comme les avions et destroyers par des drones aériens et aquatiques suicides et de reconnaissance. Ce changement radical a prouvé sa faisabilité absolue dans la confrontation actuelle avec l’Occident.

Le génie de cette stratégie est évident lorsqu’on compare les chiffres et les budgets. Alors que le budget de la marine américaine pour 2026 était d’environ 292 milliards de dollars, celui de l’Iran n’a pas dépassé 7,9 milliards. Avec ces dépenses imaginaires, les États-Unis n’ont pas pu « sécuriser » le détroit d’Ormuz ni l’ouvrir par la force. Ce déficit prouve que la marine américaine n’est rien d’autre qu’une flotte qui excelle dans la piraterie des navires commerciaux et le harcèlement des États faibles, mais elle reste paralysée face à un pays qui a su identifier ses nombreuses faiblesses. Les 8 milles hommes que Trump acheminent vers le détroit ne suffisent que pour une parade non une guerre véritable.

Les indicateurs sur le terrain confirment la capacité de l’Iran à mener une guerre d’usure de plusieurs années alors[3] que l’Occident n’a pas la capacité de tenir quelques mois. Chaque semaine de combats affaiblit les capacités militaires américaines et israéliennes et aggrave les répercussions économiques, démontrant la fragilité du système de prédation occidental.

  1. Que signifie l’assassinat de Ali Larijanie : le philosophe martyr

J’ai été personnellement affectée par la mort de cet homme[4] lequel j’avais suivi son œuvre philosophique hors pair qui a appliqué une méthode comparative entre les philosophes de lumières et les philosophes de l’Orient pour en tirer les conséquences d’une penséé affranchie de l’emprise occidentale.

L’auteur russe Alexander Dougine lui a rendu hommage dans une interview récente, il le qualifie de profondeur et de sagesse. Il dit qu’il a appris tant de Larjani non pas parler sur Kant mais sur des philosophes orientaux tels EL-Sahar-Wardi  avec sa théorie sur le « 10 ème intellect » et sur « El-Malakout ». Douguine a dit que son traducteur avait du mal à trouver les expressions  complexes utilisés par ce savant.

Donc Ali Ardashir Larijani[5], loin des accusations sordides des Américains et israéliens[6], appartient à une lignée de familles iraniennes d’élites attachés à l’éducation et aux sciences, diplômés à la fois des écoles théologiques chiites de Najaf et Qom, mais aussi des universités de Harvard, d’oxford. Cette double culture a permis à Larijani l’un des symboles de réussite dans ce domaine ; de passer d’Emmanuel Kant dont il est devenu le spécialiste[7], au leadership décisionnel[8]

Cette dimension intellectuelle, selon Hassan Ahmadian[9] lui a non seulement permis d’analyser théoriquement, mais aussi de lier des concepts philosophiques à la realpolitik, ce qui se reflétait dans sa capacité à gérer des dossiers de sécurité complexes et à équilibrer la raison et les tactiques au sein du régime iranien.

Lorsqu’il étudie Descartes et ses « Règles » qu’il juge inachevés[10],  Il pousse la méthode plus loin. Pas seulement en l’appliquant sur l’homme, mais sur l’État. Larjani pense que si chez Descartes le doute mène à la liberté pour l’individu, pour nous c’est la communauté qui prime , c’est la nation ».[11]

Il transfère la règle du » Doute » des modèles étrangers, sur un « Doute des valeurs occidentales ». Larjani doutait des lois internationales « non contraignantes équitablement, doutait des narrations historiques reconstruites par les victorieux.

Sa philosophie de doute, tel un couteau, rompe avec l’imitation, avec la dépendance pour s’acheminer vers une totale maîtrise de soi. L’État doit reprendre possession  de son esprit , reprendre  sa voie sans maître extérieur.

Larijani  reliait ce concept à la vision de  l‘Etat Iranien  après la révolution de 79, avec le mot d’ordre. « Ni à l’Est ni à l’Ouest. Construisons notre  propre raison, notre propre force. Deux recommandations ne cessait de répéter : Soyons patients. Soyons indépendants. »

Ali Larijani qui occupait à sa mort le poste de secrétaire général du Conseil suprême n’était pas seulement donc, un responsable politique ou sécuritaire, mais une figure composite alliant profondeur intellectuelle et expertise stratégique, faisant de lui un lien central entre les différents courants du régime iranien et les décideurs clés. Cela lui permit de tenir les équilibres internes et externes, et de comprendre les dimensions du conflit dans la région d’une manière inhabituelle.

«Larijani est un lien entre la raison et la décision », disent ses camarades ;  il a occupé divers postes politiques et sécuritaires, à commencer par la présidence de l’Assemblée consultative iranienne pour trois mandats consécutifs, passant par la présidence de la Radio and Television Corporation, du ministère de la Culture et de l’Orientation islamique, et terminant par le secrétariat général du Conseil suprême de sécurité nationale. Il a également servi dans les Gardiens de la Révolution depuis 1982, et est devenu commandant adjoint et responsable des activités médiatiques et culturelles des Gardes. Mais il était surtout l‘homme de confiance du guide de la révolution et  son conseiller.

En assassinant Larjani les USA et Israel ont voulu frapper au centre de la décision et menacer l’équilibre interne du régime, ce qui aurait pu ouvrir la voie à l’émergence  d’un changement de l’équilibre des pouvoirs, voir instaurer le cahos.

Son assassinat dépasse celui de Ali Khamenei le guide suprême dont la mort est plutôt symbolique ; l’homme à 86  ans  n’exerçait plus de pouvoir réel, et ne cessait répéter que son vœu est de mourir martyr. Il a refusé d’ailleurs de se cacher malgré les menaces directes de Trump en répétant la phrase prophétique de l’Imam Ali (mort aussi comme martyr) : « Tu me menace de mort ! parbleu ! la mort pour nous est habituelle et notre salut est le martyr

Aujourd’hui l’Iran qui a horreur du vide prépare son nouveau leader, Le pouvoir de ce pilier de l’establishment depuis près de trois décennies s’est encore renforcé après la mort du guide suprême Ali Khamenei et du chef de la sécurité Ali Larijani, selon les experts. “C’est la personnalité qui a vraisemblablement la charge de superviser l’effort de guerre et la stratégie”, indique Farzan Sabet, chercheur à l’Institut de hautes études internationales et du développement de Genève, à l’AFP. Il dispose, selon lui, “de solides liens trans-factions et institutionnels”, établis lors de ses passages chez les Gardiens de la révolution, à la tête de la police de Téhéran, à la mairie de la capitale et à la présidence du Parlement. Ce dernier multiplie les prises de parole. “Nous sommes dans une guerre inégale, avec une configuration asymétrique ; nous devons agir et utiliser des équipements propres à notre culture, nos moyens et notre créativité”, a-t-il déclaré à la télévision iranienne récemment.

  1. L’Axe de la Résistance a été durement frappé par l’assassinat de ses principaux dirigeants : Suleimani, Nasrallah, Yahya Sinwar, Ali Jamenei et des dizaines d’autres. Que signifie pour l’Axe de la Résistance cette guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran et aussi contre le Liban

Trump ne cesse de tonner avec arrogance que le Régime iranien est fini après avoir tué tous ses dirigeants. Son larbin israélien le génocidaire de Gaza, Netanyahu a déclaré jeudi 19 mars que l’Iran a été « décimé », tandis que le chef de son amée a décrit la direction iranienne comme un « château de cartes qui s’effondre ».

L’impérialisme et le colonialisme considèrent depuis la nuit du temps les assassinats comme une doctrine ferme et une arme stratégique.  Selon une étude faite par Ajjazira Net en 2020, En 71 ans, les Israéliens ont commis plus de 2700 assassinats, soit en moyenne 38 par an à l’intérieur et à l’extérieur d’Israël.  Cette étude n’inclut pas les assassinats après le 7 octobre 2023, des chefs de  Hamas et Hezbollah.  Les assassinats ne se limitaient pas aux commandants militaires et aux militants, car ils touchaient des dirigeants politiques, des scientifiques et des écrivains comme Ghassan Kanafani, assassiné en 72.

Les deux résistances armées libanaise et palestinienne ont payé une lourde tribu pratiquement tous les chefs de Hamas, de Fath, du FPLP et de Hezbollah ont été assassinés. La perte de ces hommes courageux et dévoués a surement affecté l’organisation, mais on ne pouvait succomber à ses blessures.

En Iran, en quelques  semaines de guerre, les frappes américano-israéliennes ont tué, de nombreux hauts responsables politiques et militaires iraniens, décapitant tout un pan de l’élite de la République islamique, mais malgré ces pertes considérables la République islamique a réussi à remplacer rapidement les responsables tués, tout en poursuivant la guerre contre les États-Unis et Israël. Sa banque d’objectifs n’a pas été perturbé, ce qui affole les tueurs américains et israéliens ;

Ce n’est pas nouveau dans la confrontation entre l’Iran et l’impérialisme, notamment depuis l’avènement de la révolution iranienne en 1979 qui a instauré cinq principes –

  • Refuser d’entrer dans le bercail US le protecteur du Shah
  • Construire sa propre défense militaire
  • Nationaliser le pétrole et industrialiser les dérivés pétroliers en refusant le monopole occidental
  • Se procurer l’arme nucléaire (*)
  •  Considérer la libération de la Palestine comme un devoir sacré. Et exporter la révolution comme modèle idéologique.

Depuis l’Iran a été déclaré par l’occident impérial et son larbin sioniste « l’empire du mal ». Et depuis, les dirigeants iraniens sont entrés dans le collimateur des services secrets israéliens et américains.

Les figures clés tuées jusqu’à présent dans la guerre

Avant l’attaque du nucléaire iranien ou la guerre de 12 jours (Du 13 au 24 juin), 17 ingénieurs du nucléaire iranien ont été assassinés par la Mossad à l’intérieur du pays. Une cellule spéciale fut créé par services secrets israelo-americains pour achever cette besogne. Il y a eu aussi l’assassinat à Baghdâd du grand général Kassem Souleimany, du président Raisi et de son ministre des affaires étrangères Abdallah Nahian très engagé dans la lutte pour la Palestine. La guerre de 12 jours a débuté par le grand carnage du conseil de ministre et de l’Etat Majeur des armées.

Le guide suprême L’ayatollah Ali Khamenei, numéro un du pouvoir iranien depuis 1989, a été tué au premier jour de la guerre, le 28 février, lors d’une frappe sur Téhéran qui a également coûté la vie à plusieurs membres de sa famille. Son fils Mojtaba, bien que blessé selon l’administration américaine, a survécu et lui a succédé comme nouveau guide suprême, mais il ne s’est pas encore exprimé en public.[12]

Il est clair même en  stratégie militaire, que l’assassinat de dirigeants ou la perpétration de massacres contre les civiles ( le massacre d’enfants d’écoles Minab, pour ne citer que quelques exemples), par l’ennemi reflète son échec dans les confrontations au sol et son incapacité à atteindre ses objectifs déclarés.

Certes, l’ennemi exploite sa supériorité aérienne et son contrôle sécuritaire sur l’espace aérien de l’Iran et du Liban pour assassiner des dirigeants et commettre des massacres, mais l’intensité des assassinats suscite un débat très sérieux à l’heure actuelle aussi bien à Téhéran qu’à Beyrouth ; c’est Ali Larijani qui a  parlé ouvertement de failles sécuritaires, dans une interview à Aajjazira avant sa mort,

En expliquant que : « Bien qu’il soit actuellement compris et justifié qu’il n’existe pas de solution rapide au problème de la domination aérienne ennemie et à l’inefficacité des avions antiaériens actuellement utilisés, il sera au minimum facile pour les dirigeants d’élaborer des plans alternatifs et intelligents pour protéger les dirigeants au sommet de la pyramide du pouvoir et éviter ou minimiser la taille des pertes parmi la population ».  Aujourd’hui on évoque plusieurs possibilités qu’ offrent la vaste géographie de l’Iran pour accomplir cette tâche, notamment l’évacuation des dirigeants de la capitale, Téhéran, et la fourniture d’abris pour la population civile. Cela inclut l’exploitation du vaste métro de Téhéran, qui a une capacité de trois millions de passagers par jour et se trouve à des profondeurs adaptées à un usage temporaire.

  1. Comment expliquer que les Kurdes et l’Azerbaïdjan aient résisté aux pressions des États-Unis et refusé d’attaquer l’Iran ?

Ni les kurdes encore moins les azerbaidjanais , nont des objectifs de prises de pouvoir en Iran, si les kurdes représentent 7 à 17% de la population selon les flux et reflux de leur déplacement pendant les guerres, les azéris représentent  3% ? et sont bien intégrés dans les rouages de l’Etat,  mais aussi dans l’Hierarchie religieuse de Qom. Le guide suprême Ali Khameni lui-même était Azari. Donc ces deux minorités sont chiites les kurdes d’Iran sont des Faylis chi’ites et non sunnites comme les kurdes de l’Irak et de la Syrie .

Un des éléments qui ont impacté la position des kurdes iraniens c’est le déboir des les kurdes syriens trahis par les américains.[13] Le spécialiste de la question kurde à Orient 21, Chris der Hond révèle dans sa chronique, qu’ Il y a eu une décision commune prise par les 5 composantes de l’opposition kurdes de ne pas céder aux pressions américaines, il vont même jusqu’à dénoncer l’attaque americano- israélienne. Ce qui est nouveau c’est la position de Masoud Barazani à Erbil qui a désobéi à ses maitres américains appelant les kurdes d’Iran à la prudence. Reste à savoir si a été motivé par ou par peur des ogives tirés vers les bases américaines

  1. Pourquoi l’opposition iranienne reste-t-elle silencieuse ou soutient-elle son gouvernement ?

L’Iran savait que depuis des années que les services secrets israéliens et américains et occidentaux  en général tentaient d’infiltrer la société iranienne pour créer des divergences considérant le tissus social comme le maillon faible du pays ; Les objectifs annoncés de l’impérialisme visent non seulement le nucléaire , ou les fusées balistiques ils veulent anéantir le régime en décapitant la tête mais aussi en morcelant la géographie ; Toutes les opérations israélienne de deux dernières semaines visaient les centres de polices, le bassigh (comités de recrutement populaires), l’organisation civile des quartiers,  pour créer les conditions propices à une explosion sociale nourries par des années de blocus et d’austérité.

Mais comme pour la guerre 12 jours , animée par un sentiment patriotique, l’opposition ( hormis les sympathisants du Rida Bahlawi , fils du Shah), s’est soudée avec la masse pour condamner l’agression sionisto- impérialiste.

Abbas Khameyar, ancien diplomate iranien[14] a assisté aux grandes manifestations millioniennes à Téhéran défiant l’aviation des ennemis barbares et sanguinaires témoigne de la grandeur et le courage du peuple iranien ; qui ne craint pas la mort comme ses leaders dit-il, et de rajouter : « Il ne fait aucun doute que ces scènes comptent parmi les premiers chapitres de l’histoire des luttes des peuples cherchant la liberté »

Il poursuit : « Parmi les merveilles qui ont hanté les pages de l’histoire contemporaine de l’Iran, surtout en ces quarante-sept années d’événements intenses, nous trouvons rarement un événement comparable à ce que nous vivons aujourd’hui, qui émerveille le spectateur et l’invite à une profonde réflexion.

Des scènes qui se sont reproduites dans tout le pays, de la campagne aux grandes villes. Un peuple qui offre non seulement sa poitrine, mais aussi tout son être face aux armes les plus mortelles, crie une volonté qui transcende la peur et la mort, et se dresse face au feu et au fer, poings levés

Pour le sociologue Houssein Moussawi « Ces images rappellent sans équivoque les soulèvements populaires des jours de la révolution de 1979 ; ceux qui ont vécu ces moments enflammés sont profondément conscients de cette expansion historique.  Il remarque que malgré les contestations populaire qu’à connu l’Iran récemment avant et après la guerre de 12 jours, « une unité s’est forgée entre le peuple et les forces armées, comme si un seul murmure résonnait dans le pays : « Vous protégez les fronts, et nous gardons les places des villes. »

Cependant, ce sentiment patriotique ne veut pas dire que la contestation sociale ne va pas se poursuivre dans le pays ; Les revendications sont justes, la détresse est réelle, l’austérité économique due au blocus a créée en Iran un réseau de corruption qui a atteint l’administration elle-même, créant du favoritisme et un enrichissement injustifié et incontrôlé ; Cette situation est devenue d’ordre publique, et débattue au sein du pouvoir lui-même ;

L’état a eu recours aux bons des aides pour subvenir à l’urgence mais ça ne sufffit pas évidemment ;Il faut absolument ouvrir le débat avec les jeunes à l’université et aux comités des quartiers, tels que réclament les réseaux sociaux.

Il y a une certitude qui circule en Iran qui dit « Rien ne peut vaincre l’Iran, que l’Iran elle-même » ; Il est temps de sortir de ce marasme pour protéger cette victoire réalisée contre l’impérialisme qui rend ce peuple fier d’avoir défier l’Empire du Mal » et son tète de pont dans la région. Certaines informations nous parviennent des sphères du pouvoir disent que Mojtaba Khamenei a mentionné sa volonté de s’atteler de cette mission.

  1. Aujourd’hui le détroit d’Ormuz semble être une arme stratégique majeure ; serait il un des facteurs déterminant des vainqueurs et perdants dans cette guerre ?

Dans l’équilibre stratégique, l’Iran a réussi à exercer un contrôle pratique sur le détroit d’Ormuz, qui contrôle 20 % des exportations mondiales de pétrole, 30 % du gaz liquéfié et 30 % du gaz uréen. La capacité de l’Iran à le contrôler équivaut à l’effet d’un arsenal militaire entier, une arme aux répercussions immédiates et futures qui provoque une paralysie du système économique mondial et une première tentative contre le système pétrodollar. Ce blocus des puissances occidentales inflige des douleurs existentielles similaires à celles qu’ils ont infligées à la région durant 150 ans de colonialisme. Comme l’a écrit une analyse publiée dans Le Grand Continent, en contrôlant ce passage, les États-Unis empêchent la Chine de le contrôler à leur place.

L’Iran possède les quatrièmes réserves prouvées de pétrole au monde, avec environ 200 milliards de barils, et les plus grandes réserves de gaz naturel de la planète. Malgré le blocus L’Iran exporte entre 1,1 et 1,5 million de barils par jour, dont près de 90% vers la Chine, principal acheteur, en dehors du circuit dollar. C’est un affront géopolitique et économique que Washington ne pouvait pas laisser prospérer indéfiniment.

L’objectif réel de cette guerre pour Trump, c’est le contrôle des ressources énergétiques dans un contexte de rivalité globale avec Pékin.

  1. Quelle est l’importance de la lutte de l’Iran contre l’impérialisme et le sionisme pour tous les opprimés du monde ? Pouvons-nous dire avec Miguel Urbano que lorsqu’un peuple lutte pour sa souveraineté contre toutes les grandes puissances du monde, il représente la lutte de toute l’humanité pour sa libération ?

Il est indéniable que la bataille que mène l’Iran courageusement  contre  la guerre barbare  américano-sioniste, va impacter l’histoire et nous enseigner plus d’une leçon :

Ø Elle porte de l’espoir à tous les pays du Sud quant à la possibilité de combattre l’injustice et l’arrogance de l’oligarchie financière et militaire , Le fait que l’Iran est restée inébranlable et ferme malgré un  rapport de force défaillant, et sans un appui extérieur d’un pays allié,  en dehors de l’axe de résistance constitue un fait sans précédent.

Ø L’expérience iranienne a montré à quel point les possibilités pour nos peuples sont vastes pour défier un système impérial qui refuse aux peuples le droit de s’affranchir de la dépendance économique et politique.

Ø Ce qui a permis à l’Iran de défier ses ennemis ce n’est pas seulement l’affirmation de sa souveraineté politique et de son identité nationale et culturelle, mais aussi sa capacité de développer son industrie, de disposer de la technologie, d’acquérir une souveraineté économique ; ce qui lui a permis d’être maitre de sa destinée et de sa décision ;

Ø Le fait que son acquisition de la technologie même avancée soit réalisé avec des capacités locales, malgré le blocus, ouvre la voie vers un avenir qui rompe avec la terreur fasciste impériale. Or il s’agit dune   la technologie acquise par la force de décision et non donnée par les prédateurs. Pénétrer les couches du Dôme de Fer et dépasser les capacités du Patriot, du David’s Sling, du Thaad, et d’autres systèmes antimissiles, relève selon les stratèges des épopées d’Homer.

Ø Une des stratégies de l’Iran c’est comment transformer, la situation géographique et l’énergie comme arme redoutable. Depuis Mossadegh (assassiné par les américains parce qu’il a nationalisé le pétrole), l’Iran pense qu’au lieu : « d’être du pétrole et du gaz, que nous craignons et cherchons à protéger, il peut devenir une arme que d’autres craignent si elle est ciblée par des perturbations ou des sabotages.

Ø La force de l’exemple le plus saillant que fournit l’Iran pour le proche Orient c’est le fait que l’Iran est le seul pays de la région( parmi les forces régionales : Turquie, Egypte, Irak et Arabie Saoudite)  qui ne comprend pas des bases américaines. La guerre qui se déroule montre que les USA ne vient pas au secours de leur larbins, mais elle les utilisent pour ses besognes ; Aujourd’hui ces bases ont été pulvérisées par la force des frappes des fusée balistiques et autres iraniennes

Ø Conclusion

L’Iran a-t-elle réalisée dans cette guerre, malgré la perte de ses leaders, et les sacrifices de son peuple, a-t-elle réalisée la prophétie du président chinois Xi Jinping lorsqu’il répète depuis des années “Voilà l’Est qui s’élève et l’Ouest qui décline.” ?

Cette prophétie n’est pas une propagande pour lui, mais plutôt une analyse froide d’un modèle économique qui « s’est choisi la guerre plutôt que l’humain, la domination militaire plutôt que la prospérité sociale ».

La Chine, qui n’a pas envahi un pays depuis des décennies, a construit des infrastructures, des universités, des hôpitaux, une classe moyenne. Les États-Unis ont construit des drones, des bombes guidées et des bases militaires dans 80 pays.

Il a fallut aux yankees 25 ans d’occupation en Afghanistan pour « remplacer Taliban par Taliban ». Ils déguerpiront de l’Iran après avoir dépensé des milliards et des milliards, en laissant leur dignité et leurs bases militaires au Golf ;

Trump et Netanyahou nous ont menacé de changer les équilibres dans la région, voilà que ce sont les pays qui les défient et les résistances armées de maquis qui vont décider du cours de l’Histoire

[1] les œuvres, les tableaux, les tapis sont signés au dos faute de place.

[2] Abdel Kader Fayez, dans une interview pour Podcast-Iran sur Youtube

[3] Selon un décompte du cabinet de conseil danois Risk Intelligence, que Le Monde a pu consulter, 1 155 frappes iraniennes ont ciblé Israël et les pays du Golfe, ces trois dernières semaines. Près de 140 ont ainsi touché Bahreïn, 132 le Qatar, 218 le Koweït, tandis que ces chiffres dépassent les 300 pour les Emirats arabes unis (EAU) et 340 pour Israël. Sans compter l’Arabie saoudite, avec 31 frappes contre son territoire.

[4] Je l’ai croisé par hasard à Beyrouth sur la tombe de Nasrallah venant lui rendre hommage, pleurant en toute humilité comme ses nombreux

[5] Il est né à Najaf en 1958 et est rentré avec sa famille en Iran en 1961, où il a terminé ses études primaires et intermédiaires dans la ville de Qom, ainsi que son lycée à l’école Haqqani. Il a obtenu une licence en mathématiques et informatique à l’Université Sharif, avant d’étudier la philosophie occidentale à l’Université de Téhéran.

[6] Ils l’ont présenté mensongèrement comme l’homme de répression de l’opposition

[7] Outre sa thèse sur le philosophe allemand Immanuel Kant. Larijani a écrit plusieurs ouvrages sur la philosophie des sciences et la métaphysique, dont la méthode mathématique de la philosophie, la métaphysique et la science kantiennes, « La précision dans la philosophie de « , «  témoins et les questions d’auteur dans la philosophie de Kant »

[9] Universitaire et auteur iranien.

[10] Larijani lit Descartes attentivement, voit la méthode, il considère que ses « Les 21 règles »  montrent comment guider l’esprit, doutent de tout ce qui est incertain mais créent la confusion ;.

[11] Article paru en février 2022 dans « Madarates philosophique » sur la pensée de Larijani, signé par Ali Moussawi ;

[12] – voilà la liste des derniers leaders assassinés ces 20 derniers jours entre 28 février et le 20 mars :

1- Le commandant en chef des Gardiens de la Révolution Mohammad Pakpour, ex-chef des forces terrestres des Gardiens, ne dirigeait l’armée idéologique de la République islamique que depuis juin 2025, date à laquelle il avait succédé à Hossein Salami, tué pendant la guerre de 12 jours d’Israël contre l’Iran.

Mohammad Pakpour a été tué au premier jour de la guerre et a été remplacé par l’ancien ministre de l’Intérieur et de la Défense, Ahmad Vahidi.

3 – Le conseiller du guide suprême Ali Shamkhani, pilier des forces armées depuis les années 1980, a été tué le premier jour de la guerre. Il a eu droit à des funérailles publiques à Téhéran.4-4- Le ministre du Renseignement 4- Esmaïl Khatib a été tué par une frappe israélienne à Téhéran le 18 mars. À son poste depuis 2021, il était accusé par les organisations de défense des droits humains d’avoir joué un rôle clé dans la répression des manifestations.

5 – Le ministre de la Défense Aziz Nasirzadeh, vétéran de la guerre Iran-Irak, a lui aussi été tué dans une frappe le premier jour de la guerre.

6- Le commandant du Bassidj  Gholam Réza Soleimani, a été tué dans une frappe le 17 mars. cette milice qui recrute essentiellement dans la jeunesse et agit comme une organisation idéologique insérée dans toutes les institutions et strates de la société iranienne,

7- de la guerre.

8- Le porte-parole des Gardiens de la Révolution Ali-Mohammad Naïni a été tué à l’aube vendredi 20 mars. Juste avant que sa mort ne soit confirmée, l’agence de presse Fars avait publié une dépêche citant M. Naïni, selon lequel la production de missiles de l’Iran méritait « la note parfaite » et se poursuivait malgré la guerre.

9- Le chef du bureau militaire du guide suprême Mohammad Shirazi a été tué le premier jour de la guerre. Il avait la tâche cruciale de coordonner les différentes branches des forces de sécurité au sein du bureau du guide suprême.

10- Le chef d’état-major des forces armées Abdolrahim Mousavi, tué le premier jour de la guerre, n’occupait son poste que depuis juin 2025, après la mort de son prédécesseur Mohammad Bagheri lors de la guerre des 12 jours.

[13] Voir l’Orient 21 l’article de Chris Der Hond « Un accord au gout amer pour les kurdes »

[14] Voir son témoignage dans le Journal libanais Al-Akhbar 25 mars 2026

(*) Mais sous les pressions du blocus, Iran a changé de position mais non definitivement,  le guide Ali Khamenei  a opté  pour une Fatwa  musulmane qui interdit le recours au nucleaire dans les guerres. Donc depuis l’ Iran se contente de revendiquer son droit au nucleaire civile….

Leila Ghanem,

Rédactrice en chef de la revue Bada’el (Liban)

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