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De Córdoba à Paris: Hugo Moreno. le “Dragon” (1943-2017)

C’est dans l’année qui se termine, que notre bon ami Hugo Moreno est parti. Il était un grand homme et autant, un combattant pour le socialisme. Un socialisme que lui-même et le courant politique auquel il appartenait le définissait comme «le régime de l’autogestion sociale généralisée».

Homme très chaleureux, Hugo se distinguait par son souci sincère et profond, son empathie pour les gens. Il incarnait dans sa conduite personnelle les valeurs dont il se réclamait intellectuellement et politiquement. Ce qui n’était pas toujours le cas pour beaucoup de cadres politiques des organisations de gauche, si souvent dominés par leur amour du pouvoir, petit ou grand…

Amoureux de la vie, comme tout le continent, l’Amérique Latine, dont il était issu, Hugo avait un comportement à l’opposé de la politesse “formellement correcte” (comme on dit politiquement correcte), mais froide comme le soleil d’hiver, qui distingue souvent beaucoup des Européens. Et surtout, Hugo était caractérisé par un sens très puissant de dignité humaine, plutôt rare, surtout à notre époque.

Forme dans les années 1960 en Argentine révolutionnaire, Hugo a incarné l’un des meilleurs exemples de sa génération, un combattant internationaliste pour le socialisme, très cultivé et à l’esprit critique. Il n’a pas abandonné ses idées pour passer à l’autre bord, au contraire, il a poursuivi son voyage jusqu’à la fin, même si, comme toute sa génération, il a connu tant de déceptions amères ainsi répétées alors en cascade.

Ayant d’abord participé aux Monteneros dans les années 1960, il a été rapidement en désaccord et en rupture avec eux. Torturé de manière atroce au Brésil et en Argentine, il s’est vu forcé à prendre la route vers Europe, d’abord au Portugal, puis en France, où il a fini par devenir Professeur à l’Université de Paris VIII. Mais la politique ne l’a jamais perdu de vue, elle a toujours demeuré  au fond de son être.

Il a connu et rencontré Michael Raptis (Pablo), l’ancien secrétaire grec de la Quatrième Internationale, au Chili de Salvador Allende en 1973 et il avait rejoint le mouvement que Pablo avait créé, la Tendance Marxiste Révolutionnaire Internationale (TMRI) dont Hugo  est devenu un des dirigeants.

Peut-être le caractère d’ Hugo n’était pas si étranger à ses choix politiques. Le charismatique Pablo était une légende pour le rôle qu’il a joué dans la révolution algérienne, et c’est probablement par ce rôle, que le trotskisme français ait pu sortir de l’obscurité et le déclin de la première période de l’après-guerre. « Au commencement c’était la Praxis », fut l’axe de la philosophie politique du révolutionnaire grec qui a conduit ses amis et camarades a la lutte pratique aux cotes surtout des révolutionnaires du tiers monde.

La TMRI, a laquelle Hugo a adhéré représentait du reste un courant de marxistes révolutionnaires très critiques, qui essayaient de traiter le marxisme comme une « science expérimentale » de la société, pour ainsi laisser la réalité compléter, corriger, ou revoir les doctrines héritées et qui ne cessent d’être finalement déterminées par l’espace , le temps et les besoins qui les ont fait naître. Pablo lui même, originaire d’un pays qui se trouve a la jonction du monde de l’Industrie, de l’impérialisme et de la lutte des classes d’une part, et du monde des colonies et de la lutte des nations d’ autre part, il a toujours essayé d’orienter les trotskystes vers la révolution anticoloniale, tandis qu’il était autant intéressé par l’autogestion. Approche théorique, essayant de répondre à l’impasse profonde des régimes staliniens bureaucratiques, mais aussi approche pratique, développe à partir de l’implication des trotskystes dans l’expérimentation de la Yougoslavie de Tito à ses débuts et dans la Révolution Algérienne.

La chaleur joueuse de ton regard Hugo… elle nous manquera.

Dimitri Konstantakopoulos

Ensuite, nous publions deux articles d’amis et de camarades d’Hugo Moreno qui l’ont si bien connu, Guillermo Almeyra et Patrick Silberstein

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