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LA TOURMENTE GRECQUE, un coup d’État financier (77′). 2017

En ligne ci-dessous :  « LA TOURMENTE GRECQUE,  un coup d’Etat financier » (version intégrale en HD)

Les causes et les conséquences de la crise grecque. Quels enseignements pour la France et l’Europe. Le néolibéralisme est à l’œuvre en Grèce… Privatisation des profits et socialisation des pertes.

La Grèce est un laboratoire  (à la fois pour les politiques libérales imposées à un peuple), mais aussi pour les, forces progressistes d’Europe et du Monde. Continue reading LA TOURMENTE GRECQUE, un coup d’État financier (77′). 2017

De Córdoba à Paris: Hugo Moreno. le “Dragon” (1943-2017)

C’est dans l’année qui se termine, que notre bon ami Hugo Moreno est parti. Il était un grand homme et autant, un combattant pour le socialisme. Un socialisme que lui-même et le courant politique auquel il appartenait le définissait comme «le régime de l’autogestion sociale généralisée».

Homme très chaleureux, Hugo se distinguait par son souci sincère et profond, son empathie pour les gens. Il incarnait dans sa conduite personnelle les valeurs dont il se réclamait intellectuellement et politiquement. Ce qui n’était pas toujours le cas pour beaucoup de cadres politiques des organisations de gauche, si souvent dominés par leur amour du pouvoir, petit ou grand…

Amoureux de la vie, comme tout le continent, l’Amérique Latine, dont il était issu, Hugo avait un comportement à l’opposé de la politesse “formellement correcte” (comme on dit politiquement correcte), mais froide comme le soleil d’hiver, qui distingue souvent beaucoup des Européens. Et surtout, Hugo était caractérisé par un sens très puissant de dignité humaine, plutôt rare, surtout à notre époque.

Forme dans les années 1960 en Argentine révolutionnaire, Hugo a incarné l’un des meilleurs exemples de sa génération, un combattant internationaliste pour le socialisme, très cultivé et à l’esprit critique. Il n’a pas abandonné ses idées pour passer à l’autre bord, au contraire, il a poursuivi son voyage jusqu’à la fin, même si, comme toute sa génération, il a connu tant de déceptions amères ainsi répétées alors en cascade.

Ayant d’abord participé aux Monteneros dans les années 1960, il a été rapidement en désaccord et en rupture avec eux. Torturé de manière atroce au Brésil et en Argentine, il s’est vu forcé à prendre la route vers Europe, d’abord au Portugal, puis en France, où il a fini par devenir Professeur à l’Université de Paris VIII. Mais la politique ne l’a jamais perdu de vue, elle a toujours demeuré  au fond de son être.

Il a connu et rencontré Michael Raptis (Pablo), l’ancien secrétaire grec de la Quatrième Internationale, au Chili de Salvador Allende en 1973 et il avait rejoint le mouvement que Pablo avait créé, la Tendance Marxiste Révolutionnaire Internationale (TMRI) dont Hugo  est devenu un des dirigeants.

Peut-être le caractère d’ Hugo n’était pas si étranger à ses choix politiques. Le charismatique Pablo était une légende pour le rôle qu’il a joué dans la révolution algérienne, et c’est probablement par ce rôle, que le trotskisme français ait pu sortir de l’obscurité et le déclin de la première période de l’après-guerre. « Au commencement c’était la Praxis », fut l’axe de la philosophie politique du révolutionnaire grec qui a conduit ses amis et camarades a la lutte pratique aux cotes surtout des révolutionnaires du tiers monde.

La TMRI, a laquelle Hugo a adhéré représentait du reste un courant de marxistes révolutionnaires très critiques, qui essayaient de traiter le marxisme comme une « science expérimentale » de la société, pour ainsi laisser la réalité compléter, corriger, ou revoir les doctrines héritées et qui ne cessent d’être finalement déterminées par l’espace , le temps et les besoins qui les ont fait naître. Pablo lui même, originaire d’un pays qui se trouve a la jonction du monde de l’Industrie, de l’impérialisme et de la lutte des classes d’une part, et du monde des colonies et de la lutte des nations d’ autre part, il a toujours essayé d’orienter les trotskystes vers la révolution anticoloniale, tandis qu’il était autant intéressé par l’autogestion. Approche théorique, essayant de répondre à l’impasse profonde des régimes staliniens bureaucratiques, mais aussi approche pratique, développe à partir de l’implication des trotskystes dans l’expérimentation de la Yougoslavie de Tito à ses débuts et dans la Révolution Algérienne.

La chaleur joueuse de ton regard Hugo… elle nous manquera.

Dimitri Konstantakopoulos

Ensuite, nous publions deux articles d’amis et de camarades d’Hugo Moreno qui l’ont si bien connu, Guillermo Almeyra et Patrick Silberstein

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Hugo Moreno (1943-2017) | by Carlos Abel Suárez

Working class protest, popular revolt and urban insurrection in Argentina: the 1969 Cordobazo – James P. Brennan

Le phénomène Trump, la course vers la guerre et la crise de l’ UE

Le phénomène Trump, la course vers la guerre et la crise de l’ UE

Dimitri Konstantakopoulos,

Conférence Internationale sur le capitalisme financier et ses alternatives, Chisinau, 15-16 décembre 2017

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Erdogan in Athen, damit Zypern an USA, Großbritannien und Israel ausgeliefert wird

Was waren die eigentlichen Gründe für den Besuch Erdogans in Athen? Der Journalist Dimitris Konstantakopulos geht der Sache auf den Grund

Original Titel: „Εφεραν τον Ερντογαν για να δωσουν την Κυπρο σε ΗΠΑ-Βρετανια – Ισραηλ
Übersetzung: Dr. Emmanuel Sarides

Die Initiative Athens, Recep Tayyip Erdoğan zu einem offiziellen Besuch in Griechenland einzuladen, den ersten nach der türkischen Invasion auf Zypern 1974, wirft eine Reihe wichtiger Fragen auf.

Die Verständigung oder zumindest der Dialog zwischen Athen und Ankara ist nicht nur nützlich, sie ist notwendig, vor allem damit die beiden Länder in dieser schrecklich instabilen und gefährlichen internationalen Lage nicht in Konflikt miteinander geraten, im Interesse  skrupelloser Dritter.

Noch nie nach der Raketenkrise in Kuba war die internationale Situation so gefährlich und instabil wie heute. Wenn dies eine Quelle enormer Risiken darstellt, ist es für ein kleines Land potentiell auch eine Quelle großer Chancen. Im klassischen griechisch-türkischen Antagonismus, der traditionell Griechenland und die Türkei entscheidend beeinflusste und vom Westen intensiv genutzt wurde, um beide Länder zu kontrollieren, kam heute ein neuer Faktor hinzu. Beide Länder und Zypern sind zu Zielen von Weltmächten geworden, die alle Länder und Nationen zerstören oder unter ihrer Kontrolle stellen wollen, was während des Kalten Krieges nicht der Fall war.

Aber die Chancen zu nutzen, erfordert große Führungskräfte, ab Venizelos und Andreas Papandreou aufwärts. Leider haben wir heute nur Männekens die uns regieren oder uns regieren wollen. Wir haben auch kein international stabiles System, wie es früher die EWG und die NATO waren, die zwar die Unabhängigkeit und Souveränität ihrer Mitglieder einschränkten, wollten sie aber nicht zerstören, wie es heute, zumindest bezüglich eines Teils deren Führung der Fall ist!

Das große Problem heute ist, dass es keine griechische Regierung und keine nationale Außenpolitik gibt. Im Bereich der Wirtschaft das Land wird von Deutschland, der EU und des IWF regiert. Im Bereich der Außenpolitik sind es die USA und die NATO, während auch Israel eine wichtige Rolle spielt. Sie entscheiden, „Griechenland“ führt deren Entscheidungen aus. Athen tut gar nichts ohne die Erlaubnis und Ermutigung der Amerikaner und es ist sicherlich kein Zufall, dass der Besuch Erdogan fand nach dem Besuch Tsipras in Washington statt, bei dem der griechische Premierminister den Amerikanern alles gab und damit dem Land sehr großen Gefahren aussetzte.

Am Ende dieses Artikels werden wir an die Handlungen der griechischen Regierung und Diplomatie erinnern, die zweifelsfrei beweisen, was wir oben ausgeführt haben, nämlich dass sie ein einfaches Anhängsel der amerikanischen und der breiteren westlichen Politik geworden sind.

Unter diesen Umständen wird zwangsläufig die Frage gestellt. Warum gab Washington grünes Licht, wenn es nicht sogar Athen dazu ermutigte, Herrn Erdogan nach Griechenland einzuladen, der keine guten Beziehungen zum Westen, Amerikanern, Europäern und Israelis hat?

Die Zypernfrage ist der eigentliche Zweck des Besuchs

In einem Interview mit der Agentur Anadolu hat Herr Tsipras die Hoffnung zum Ausdruck gebracht, dass die beiden Staatsführer von Athen aus eine Botschaft senden sollten, dass sie bereit sind, ihre Bemühungen für eine „Lösung des Zypern-Problems“ fortzusetzen. Der griechische Premierminister scheint sehr erfreut mit der Art und Weise zu sein, mit der er das griechische Schuldenproblem, die Memoranden und der Schulden bewältigt hat, dass er jetzt sein einzigartiges Know-how auch für Zypern anwenden will!

Die (von den Ausländern diktierten) ökonomischen Experimente der griechischen Politiker hatten im Ergebnis die größte wirtschaftliche und soziale Katastrophe in der Geschichte des Kapitalismus in einer friedlichen Periode. Ihre Experimente werden nicht nur zu einer wirtschaftlichen, sondern auch zu einer kriegerischen Zerstörung führen.

Lassen Sie uns zu den Fakten gehen. Seit einem Jahr, seit dem Dezember 2016, beschäftigen sich die Vereinigten Staaten damit, das „Zypern-Problem“ zu lösen, mit anderen Worten, den zypriotischen Staat zu zerschlagen und ihn in eine Kolonie der USA, Großbritanniens und Israels zu verwandeln. Im Folgenden werden wird erklären, wie das gemacht wird.

Zu diesem Zweck hatten wir im Dezember die Nuland-Initiative für eine Konferenz der Fünf und die Fortsetzung derselben Bemühungen von Gutierrez und May, mit der großzügigen Unterstützung von Juncker und Mogherini.

Wenn all diese an Frieden interessiert wären, würden sie sich mit den schrecklichen Problemen und Bedrohungen auseinandersetzen, die den Planeten bedrohen, Mittel- und Fernost, Afrika, Lateinamerika und Europa selbst (Ukraine) beschäftigen. Sie würden sich nicht mit Zypern befassen, wo immerhin seit 1974 ein schlechter Friede herrscht und nichts scheint Zypern zu bedrohen, außer den Bemühungen zur „Lösung des Zypernproblems“.

Was bedeutet die „Lösung des Zypern-Problems“?

Was ist diese intendierte „Lösung des Zypern-Problems“? In den Worten des griechischen Außenministers Nikos Kotzias selbst, ist es die Umwandlung Zyperns in einen Staat, in dem die Minderheit mit der Mehrheit gleichgesetzt wird (Interview mit der deutschen Nachrichtenagentur DPA, Januar 2017). Das heißt, die Abschaffung der Demokratie, die Perikles seit dem 5. Jahrhundert v. Chr. als einen „Staat der von der Mehrheit gestellt wird“ (die Macht der meisten, die Mehrheit) definiert hat.

Da eine Genossenschaft 50% -50% nicht funktionieren kann, d.h. keine Entscheidung treffen kann bei (sehr gut möglichen) Meinungsverschiedenheiten zwischen den beiden Parteien, wird zwangsläufig unter der Autorität der Ausländer kommen, wie es der Fall in dem ursprünglichen Annan-Plan war, dessen eine noch schlimmere Variante jetzt diskutiert wird. Diese Ausländer werden von europäischen- oder UN-Organen ernannt, die unter den gegenwärtig herrschenden internationalen Umständen und insbesondere in der Zypernfrage die Interessen und die Politik der USA, Großbritanniens und Israels vertreten. Mit dieser kunstvollen Konstruktion wird Zypern wieder zu einer Kolonie des Imperiums verwandelt.

Damit die Kolonialmächte sicher sind, dass die Dinge so und nicht anders werden, entziehen sie Zypern das Recht, das alle normale Staaten haben, eine eigene Armee zu haben und das Recht auf Selbstverteidigung und halten das Land (Interview Kotzias in DPA) unter der Dominanz einer internationalen Polizeitruppe.

Man muss kein Genie sein, um zu verstehen, dass sie damit die Dominanz der griechischen Bevölkerung die auf Zypern wohnt entziehen und dass die griechischen Zyprioten ohne einen international legitimierten Staat einer tödlichen Bedrohung ausgeliefert werden.

Dies ist der Plan, den die griechische Regierung, die zyprische Regierung und die AKEL-Führung in Zypern für Zypern, mit der unglücklichen Unterstützung eines großen Teils der Opposition, auf Anordnung des „internationalen Faktors“ umsetzen wollen.
Warum sie jetzt eine „Lösung des Zypern-Problems“ wollen

Dieser unglaublicher internationale Eifer für eine Lösung des Zypernproblems wird durch folgende Faktoren erklärt

  • Durch die Notwendigkeit einer vollständigen Kontrolle Zyperns angesichts des großen Krieges, der im Nahen Osten vorbereitet wird
  • Durch die grundlegende Notwendigkeit, jedweden russischen Einfluss im Mittelmeerraum im Kontext des (derzeit) neuen Kalten Krieges gegen Russland zu beseitigen
  • Durch die historische Chance, welche für sie die Tatsache bedeutet, dass Griechenland am „Boden“ liegt, mit einer politischen Führung, die zusammenhanglos und abhängig ist, ohne Kompass und vollständig unter Kontrolle. Wenn sie sich nicht jetzt die Insel greifen können, die 1974 dem (immer noch in Washington und international sehr starken Kissinger) entkam, wann dann?

Aber es gibt zwei Hindernisse. Das erste ist, dass es unwahrscheinlich ist, dass die griechischen Zyprioten diesen monströsen Plänen zustimmen werden. Das zweite ist, dass die Türkei bei der Verteidigung ihrer (illegalen) Bestrebungen in Zypern, den Deal blockiert.

Den griechischen Zyprioten wird die Waffe des Referendums entzogen

Das erste Problem haben die griechische und die zyprische Regierung versucht zu lösen, indem sie, auf Geheiß von Victoria Nuland, ihrer Teilnahme an der verbrecherischen, illegalen und irrationalen Genfer Konferenz zustimmten, d.h. Rechte der Türkei auf  Zypern einräumten (von denen die Türkei in Lausanne verzichtet hatte, die uns aber jetzt mit der Proklamation von Erdogan stören !!!) und dadurch den Garantievertrag legalisierten, den Griechenland und Zypern, aber auch die britische Diplomatie bis vor kurzem für verfallen betrachteten.  Sie haben auch akzeptiert, dass die Zukunft Zyperns in eine Konferenz besprochen werden soll, an der die Urheber des Zypern-Problems beteiligt sein werden, Großbritannien und die Türkei, zwei Länder, die besonders blutige Kriege gegen Zypern führten. Sogar ohne Teilnahme der Republik Zypern, denn Präsident Anastasiadis hatte an den beiden Konferenzen der fünft Länder als Führer der griechischen Zyprioten und nicht als Präsident von Zypern. Herr Kotzias hat sogar vorschlagen, dass diese Konferenz eine Dauerkonferenz sein sollte, so dass, sobald die Einwände der Türkei umgehen würden, sofort die Konferenz einberufen werden sollte, um den zyprischen Staat aufzulösen.

Durch die Konferenz der Fünf wird versucht, Entscheidungen zu treffen, die das vermeintliche Referendum politisch und rechtlich vorwegnehmen und gegenstandslos machen werden. Die Vereinbarungen, die bei der Konferenz getroffen werden, werden politisch und rechtlich von der EU und den Vereinten Nationen legitimiert, von daher die ältesten und sehr günstigen Resolutionen über Zypern werden durch die Neuen außer Kraft gesetzt. Und dann werden vielleicht die griechischen Zyprioten aufgefordert, ja oder nein zu etwas zu sagen, was ihr Präsident, Griechenland, die EU und die UNO bereits feierlich vereinbart haben. Mit anderen Worten, Zweck all dieser Manövern ist, den griechischen Zyprioten die letzte Waffe zu entziehen, die ihnen noch zur Verfügung steht, um ihren Staat und sich selbst zu retten, nämlich das Referendum.

Wenn Erdogan die Republik Zypern rettet! Wo sind wir angekommen!

Aber auch die Einwände der Türkei sollen gestützt werden und das erklärt die Bereitschaft Athens, Erdogan nach Griechenland einzuladen und jede Art von Konzessionen zu machen, damit er einer Formel zustimmt, die den Sicherheitsvertrag ersetzt.

Unter den anderen Vorstellungen, die bekannt wurden, gehört auch ein Freundschaftsabkommen, oder einer Allianz oder eines Nichtangriffs Griechenlands und der Türkei oder Griechenlands, der Türkei und Zyperns. Ein solches Abkommen wird Athen versuchen als eine Aufhebung des türkischen Casus Belli zu präsentieren, was nicht wahr ist.

Eine mögliche Unterschrift Athens unter einem solchen Pakt mit der Türkei, die einen Teil Zyperns militärisch besetzt hält, mit den größten Landungskräften in der Welt den Inseln der östlichen Ägäis gegenüber, mit ihrer einzig möglichen Aufgabe, deren Eroberung und andere  territoriale Ansprüche im Archipel, sogar auf Gavdos , bedeutet die Anerkennung und Akzeptanz aller türkischen Behauptungen und Drohungen gegen Griechenland.

Es scheint unwahrscheinlich, dass die unter fremdem stehenden „Küchen“ des griechischen Außenministeriums eine Lösung für die komplexen politischen und rechtlichen Probleme  erarbeitet haben, die eine solche Vereinbarung bedeutet, doch mit diesen Regierenden und mit der Gesamtsituation des Landes und seines politischen Personals, kann man nicht sicher sein.

Ohne nationale Außenpolitik sowieso verloren

Die Tragödie ist, dass wir uns in der folgenden Situation befinden. Wenn die USA-Israel wieder eine freundliche Beziehung mit der Türkei aufbauen, werden wir die Rechnung zahlen, indem wir die türkische Politik von George Papandreou anwenden, dessen Berater der derzeitige Außenminister war. Wenn sie aber mit der Türkei in Konflikt geraten, laufen wir Gefahr, dass sie uns dazu bringen, den Job zu machen, eine westliche Front gegen Erdoğan zu öffnen.

Wie schon 1922, als sie uns zum Kleinasienfeldzug bewegten, um Kemal daran zu hindern, das Mosul-Erdöl zu nehmen, und dann hackten Engländer und Franzosen die Hände der Griechen, die dem Flammen Inferno von Smyrna entkommen und auf ihre Schiffe klettern wollten.

Nur dass wir jetzt kein anderes Griechenland haben, um auch als Flüchtlinge dahin zu kommen. Es wäre gut, dies auch die zyprischen Politiker und Bürger zur Kenntnis zu nehmen, die Schlafschafe zu sein scheinen.

Eine notwendige Erinnerung

Wenn die derzeitige Regierung steht für etwas besonders, das ist ihre Unfähigkeit und Zurückhaltung das Wort ‚Nein“ den wen auch immer wirtschaftlichen oder geopolitischen „Zuhältern“ des Landes zu sagen.

Wir akzeptieren die Installation von Kernwaffen auf Araxos (Militärflughafen, E.S.), verwandeln Kreta und Karpathos in Kriegsbases gegen den Iran und die arabisch-muslimische Welt, verwandeln Nordgriechenland in Militärbasis gegen Russland und natürlich die damit für Griechenland einher gehenden fürchterlichen Risiken und gleichzeitig verzichten wir auf den unvergleichlichen Beitrag Griechenland zur Weltkultur und seiner „strategischen Tiefe“.

Wir geben das Erdöl unserer Meere den Amerikanern, auch die Schiffswerft von Neorio, damit sie nicht die Russen bekommen. Wir haben alles getan, damit wir unsere tiefen, historischen Beziehung zu den Russen zerstören (auch im Bereich des Tourismus, wenn möglich!), den Arabern und Iran. Mit unseren Entscheidungen machen wir die griechische Luftwaffe ein ferngesteuertes Anhängsel der extremistischen Kreise des amerikanischen militärisch-industriellen Komplexes das sich mit dem Plan des großen Krieges im Nahen konstituiert. Wie erlauben, wenn nicht sogar ermutigen das Jerusalem Patriarchat, seinen großen Immobilienbesitz in Jerusalem zu Schleuderpreisen zu verkaufen, was die Rebellion der orthodoxen Palästinenser gegen das Patriarchat zu Folge hat gefährden damit seine Präsenz im Bereich der griechischen Orthodoxie. Der Freund von Außenminister Kotzias, Nikos Toskas (Stellvertretende Außenminister im Bereich Bürger-Schütz), lässt, vermutlich auf Geheiß der Amerikaner, festnehmen Mitglieder der türkischen Organisation der revolutionären Linken und deren Fotos veröffentlichen, die keine illegale Aktion in Griechenland hatten und in der Vergangenheit türkische Generäle und Mitglieder des MIT ermordet hatten, die bei der Invasion Zyperns von der Türkei teilgenommen hatten. Wir gehen davon aus, dass die Behörden deren Anwesenheit in Griechenland nicht vor einem Monat erfahren haben…

Wir blamieren unser Land, in dem wir nicht an internationalen Gremien zur Verurteilung des Nazismus teilnehmen und die Verurteilung der israelischen Siedlungen in den besetzten Gebieten vermeiden.

Wir bereiten eine inakzeptable Lösung in der Frage des Namens der FYROM vor, damit die NATO die Kontrolle des Balkans vollenden kann.

Der gesamte Planet, auch die pro-amerikanischen Regierungen, haben erkannt, dass die westliche Finanzwelt in Turbulenzen geraten ist und die amerikanische geopolitische Vorherrschaft und regionale Israels schwächelt. „Alle Regierungen betrachten nachdenklich die amerikanischen und israelischen Drohungen, einen Atomkrieg gegen Korea und (implizit) gegen den Iran, als eine Reaktion auf den drohenden Verlust deren Hegemonie, zu entfesseln. Und sie treffen Vorsorge-Maßnahmen, soweit sie können.

Nur in Griechenland und Zypern denken die Herrscher und die Opposition, dass wir uns noch in den 1950er Jahren befinden und sie verhalten sich wie drittklassige Gendarmen, um kein anderes Wort zu verwenden, das am besten passt, der „freien Welt“. Sie graben verzweifelt um noch mehr „Erde und Wasser“ zu geben und damit bekommen sie nur die abschätzende Verachtung von „Verbündeten“ und potenziellen Freunden.

Sie glauben, dass sie auf dieser Weise ihre Hilfe bekommen werden das zerstörte Griechenland zu regieren, aber die Rechnung, die immer grösser wird, wird nicht von ihnen bezahlt, am Ende wird sie vom griechischen Volk bezahlt und sie droht, sehr sehr groß sein!

Mit einer solchen internationalen Politik wird Griechenland nicht ein einziges Land auf seiner Seite haben, an keiner Stelle des Horizonts, wenn es mit einer ernsthaften Bedrohung konfrontiert werden sollte.

Published in https://sariblog.eu/erdogan-in-athen-damit-zypern-an-usa-grossbritannien-und-israel-geliefert-wird/

Détruire l’UE, aller à la guerre au Moyen Orient, abolir les droits démocratiques – Qui et pourquoi a besoin de la mi-réelle, mi-fausse extrême droite française?

Par Dimitris Konstantakopoulos (*)

On raconte que Madame Le Pen n’a pas beaucoup de chances d’être elue. Mais il faut raconter exactemenet ça, si on veut augmenter ses chances.

« Je suis le dernier Président de France, ceux qui viendront après moi seront des comptables », disait François Mitterrand. Malgré ce testament sinistre, lui-même ne pouvait imaginer les chemins sinueux et inattendus que choisirait l’Histoire, ou ceux qui ont besoin des comptables, pour arriver à leurs fins.

Mais peut-être même qu’un Machiavel n’aurait pas pu imaginer ce qui se joue aujourd’hui sur la scène politique, notamment française. En fait, il faudrait sans doute le génie pervers d’un Joseph Fouché pour entrevoir ce qui se profile…

Qui pourrait imaginer Marine Le Pen, la descendante lointaine d’un courant qui tire notamment ses origines du régime de Vichy, du déshonneur de la France, se trouver maintenant si près de devenir Présidente de ce pays? Du pays qui a été la fille de la Renaissance et des Lumières, la mère de l’Europe moderne et de sa civilisation, ou du moins de ce qu’il en reste. La France, qui est encore le pays de Voltaire et de Robespierre, de la Révolution Française et de la Commune de Paris, de Charles de Gaulle et de Jean-Paul Sartre.

Pourtant, cette France a récemment donné naissance à Marine Le Pen, laquelle se prépare à passer tôt ou tard la porte de l’Elysée. Ainsi, ce qui apparaissait à beaucoup comme l’impensable, mais qui était en préparation depuis longtemps, est sur le point d’advenir. Cet impensable qui devient à chaque scrutin français de plus en plus probable, annonce, parmi tant d’autres événements du même genre, de grandes secousses internationales à venir.

Curieusement, le fondateur du Front National, Jean-Marie Le Pen, ne semble pas se réjouir de l’ascension du mouvement politique qu’il a fondé et de la possible victoire de sa propre fille aux élections présidentielles.

Ainsi, au lieu de triompher, et d’afficher sa joie devant les caméras de télévision comme il se plait d’ordinaire à la faire, Jean-Marie Le Pen reste silencieux.

Un abysse sépare les idées de l’auteur de cet article des celles de Jean-Marie Le Pen. Mais il faut dire qu’en ce moment de l’histoire les différences entre gauche et droite, communistes et fascistes, Athées et Croyants, Chrétiens et Musulmans ne sont pas les seuls à prendre en compte. Il est aussi très important de savoir si une personne garde une forme d’identité , d’idéologie, de religion, d’éthique, de morale ou qu’il appartienne à ceux qui n’ont aucune, les Homo Œconomicus, la pâte à modeler de notre époque, les Faust qui ont vendu leur âme, si jamais ils en ont eu une.

L’information se trouve dans ce qui n’est pas commun, dans le rare, croyait le fondateur de sa Théorie, Claude  Shannon.

Est-ce que Jean-Marie Le Pen connait quelque chose que nous ignorons ou nous ne comprenons pas?

Qui est réellement sa fille? Est-ce qu’elle est une néofasciste qui essaye de persuader ses réels partisans qu’elle n’a pas changé au fond et les autres qu’elle n’a rien à voir avec le passé du Front National.

Est-ce qu’elle est devenu amie ou elle est adversaire du Finance et de son Empire? Est-ce que le Finance est vraiment ennemie de Mme Le Pen, ou il a déjà passé un accord avec elle? Et si il a passé un tel accord, pourquoi la Haute Finance pourrait avoir besoin d’une politique de la droite nationaliste et d’une femme qui s’oppose à ses propres créatures, à la mondialisation, a l’UE, à l’Euro? Son opposition est vraie ou fausse? Ou pourrait nous amener?

Est –ce que Marine Le Pen est une femme de conviction, comme son père a été un idéologue conséquent, par rapport à sa propre idéologie?

Ou elle est l’équivalent, pour la droite nationaliste européenne, de ce qu’a représenté par exemple Mr. Georges Papandreou pour la social-démocratie européenne, ou Mr. Tsipras pour la gauche radicale européenne?

Suffisamment authentiques pour tromper, suffisamment avides du pouvoir, ou incapables de résister  et par la même devenus dépendants des forces toujours dominants de nos pays.

Pourquoi pas?

L’héritière refuse l’héritage de Vichy, de Maurras, des tortures en Algérie  et charge son « bras gauche », Florian Philippot, de faire disparaître toutes les traces du passé et de faire le ménage jusque dans les rangs de leur parti.

Les anciens Grecs nous ont appris la signification de la Vérité, par la façon même qu’ils ont choisi pour construire ce mot Vérité, Alitheia en grec, c’est-à-dire pas ne pas oublier. Ne pas oublier les choses importantes, essentielles.

Un peu d’histoire s’impose donc pour comprendre d’où vient le père et ce que veut occulter la fille.

Vichy a été imposé par la botte des Nazis, lesquels n’ont d’ailleurs pas eu grand mal à trouver des collaborateurs parmi les politiques d’alors, notamment parmi les députés de l’Assemble Nationale qui, siégeant en exil au Casino de Vichy en 1940, ont à une écrasante majorité voté les pleins pouvoirs à Pétain. C’était bien avant qu’on arrive à l’« Economie-Casino » actuelle et à la « Politique-Casino » qui en découle naturellement.

De Gaulle a quant à lui immédiatement dit Non au régime de Vichy, le qualifiant de coup d’Etat. Les Français Libres qui se sont ralliés à de Gaulle et au maquis communistes se sont battus contre l’ordre nazi et le régime de Vichy. Partout en Europe, la résistance s’est organisée. L’Axis Fasciste a connu sa première défaite militaire par les Grecs, en Albanie, à l’hiver 1940-41. Les partisans Grecs et Serbes ont commencé, presque seuls, une de batailles les plus héroïques donnes en Europe contre le Nazisme, suivis par la résistance du peuple britannique.

Par la suite c’était surtout l’Armée Rouge et toute la population soviétique, au prix énorme des dizaines des millions des morts, qui ont pu arrêter le monstre aux portes de Leningrad, de Moscou et de Stalingrad, avant de le tuer et hisser leur drapeau a Reichstag de Berlin.

Tous les moyens du monde, toute la propagande de la Guerre Froide, ancienne et nouvelle version, ne pourront jamais effacer de la mémoire et de la conscience historique de l’humanité entière le souvenir de cette bataille et de sa signification. C’était cette victoire qui a permis à l’Europe occidentale et centrale, 60 ans de paix, de liberté et de prospérité réelles, bien que relatives. C’est cette époque historique qui peine de finir aujourd’hui, un quart de siècle après l’effondrement de l’Union Soviétique.

Au moment de sa Libération, la France conservait encore le souvenir de la décapitation de ses rois. De Gaulle a renvoyé les dirigeants de Vichy devant le tribunal qui a jugé le maréchal Pétain, pourtant héros de la première guerre mondiale, et le premier ministre Laval en les envoyant au peloton d’exécution. Laval a été exécuté pour que la France et sa République revivent. Grâce au Non du General à Vichy et à l’action de la Résistance, la France a gagné le droit de s’asseoir à la table des vainqueurs de la 2ème Guerre mondiale et de devenir membre permanent  du Conseil de Sécurité de l’ONU.

C’était il y a 70 ans ! Aujourd’hui, le temps passant et la mémoire s’estompant, ce qu’il reste de la droite vichyste fait son grand retour, sous le masque de la jeunesse et en semblant tant bien que mal renier son héritage. Semblant rallier enfin de Gaulle, le Front national fait maintenant déposer des couronnes sur la tombe du Général. Reste que pendant que Florian Philippot se charge de ritualiser ce rapprochement bien tardif, la plus jeune des héritières du clan Le Pen, la très belle Marion Maréchal-Le Pen, reprend à son compte des propos et les « pensées » de son grand-père afin de conserver son vieil  électorat. Elle semble admirer aussi Napoléon, mais est-ce– qu’elle l’admire pour avoir enterré l’héritage ou pour avoir étendu l’influence de la Révolution Française en Europe?

Qu’a-t-il bien pu se passer pour que ressurgissent de tels oripeaux de l’histoire ?

 

La « suicide » des Socialistes et des Gaullistes

Beaucoup d’eau a coulé sous le pont d’Alexandre III, avant que nous en arrivions là, avant que ressurgissent les figures d’un passé que nous croyions définitivement révolu. Pour comprendre cet étrange retour du même, il faut d’abord se demander ce que sont devenues les trois grandes familles politiques de la France d’après-guerre, la droite (véritablement) gaulliste, les communistes et les socialistes (pour ne pas parler des trotskistes, qui ne furent jamais une grande force politique organisée, mais qui ont cependant joué un rôle très important, en particulier sur le plan intellectuel). Si ces trois grandes forces politiques ont disparu ou sont en voie de disparaître, elles le doivent en grande partie à elles-mêmes, à leurs choix, à leurs renoncements, à l’abandon de leurs identités et de leur propre raison d’être.

Je me rappelle, tandis que j’étais jeune étudiant en France dans les années 80, avoir vu plaisanter Jean-Marie Le Pen à la télévision, accusant tout le monde sur un ton goguenard de lui « voler ses idées » ; les socialistes l’atlantisme, la droite le libéralisme économique, les communistes sa politique d’immigration (un maire communiste venait d’envoyer des bulldozers pour démolir des cabanes d’immigrants).

Avait-il complètement tort ? Ou bien se contentait-il avec jubilation de mettre en évidence leurs contradictions. En fait, les « adversaires » de Le Pen ne le « copiaient » pas, ils renonçaient à leurs « convictions » et reculaient de plus en plus devant la pression du Capital (et/ou des USA) : dès lors et pendant des décennies, les socialistes et la droite n’ont fait que ce que les USA et les Marchés leur demandaient de faire, finissant par se transformer en vagues courants politiques au service exclusif des banquiers et de la finance. En acceptant de participer pleinement à ce déjà vieux processus (“Les gouvernements sont les fondés de pouvoir du capital”, disait déjà Marx), ils ont finalement perdu leur utilité pour ceux qui votaient naïvement pour eux et perdront bientôt leur importance pour ceux qui les utilisent !

Libéralisme et Atlantisme

L’expérience de gauche de Mitterrand dans l’économie n’a à vrai dire duré que deux années, jusqu’au tournant de 1983, avant qu’il ne se précipite pour lancer et mettre dans la mise en œuvre, de façon exemplaire, une gestion économique libérale très orthodoxe, celle exigée par les « marchés », incarnés par Ronald Reagan et Margaret Thatcher.

Malgré la préservation relative du modèle social français, les socialistes ont suivi une politique pro-américaine, à l’opposé de la tradition Gaulliste, mais caractéristique de la social-démocratie européenne en la matière. Toutefois, François Mitterrand, sentant sa fin venir, nous a laissé en forme de confession que : «Nous sommes en guerre avec l’Amérique, mais les Français ne le savent pas. » Or, s’ils ne le savent pas, c’est parce que personne ne leur a dit et ne les a donc pas préparés à entrer en guerre ou à résister…

Jusqu’aux Chirac et Villepin inclus, lesquels se sont alliés à Schröder et Poutine contre la guerre en Irak, le « post-Gaullisme » a quelque peu maintenu des réflexes d’indépendance. Ainsi, en 2003, le Premier ministre de Chirac, Dominique de Villepin, s’est érigé en représentant de toute l’humanité civilisée en fustigeant, devant le Conseil de Sécurité de l’ONU, le plan d’invasion américano-britannique en Irak.

Peu de temps après, cependant, les protagonistes de ce Non à l’Amérique des néoconservateurs, peut-être effrayés rétrospectivement par leur propre bravoure, se sont rendu compte qu’ils n’avaient pas le courage d’un De Gaulle pour résister plus longtemps aux pressions et aux chantages des Etats-Unis. Ils se sont donc empressés d’enterrer eux-mêmes le plan de défense européenne réellement indépendante qu’ils avaient vigoureusement soutenu au préalable. Pendant tout le reste de son mandat, Chirac envoyait un représentant personnel, faire chaque semaine l’aller-retour Paris-Washington, pour éviter un nouveau « malentendu ».

Peu de temps avant la fin de son mandat, profondément inquiet pour la paix et peiné par la prévalence de Sarkozy dans la course pour sa succession, Chirac a convoqué quatre journalistes internationaux à l’Elysée, afin de les avertir des terribles dangers d’une guerre contre l’Iran. Mais face à ce sursaut de clairvoyance indépendante, ces journalistes l’ont presque fait apparaître comme un demi-fou…

Quant à Villepin, il n’a pas compris que Gaullisme et néolibéralisme ne peuvent pas se réconcilier. Il n’est pas tombé n’a pas perdu son poste de ministre pour ce qu’il a dit au Conseil de Sécurité, il a été limogé après avoir promulgué le CPE libéral et provoqué une révolte sociale en 2006 (et de ce dont a su profiter son « ami » Sarkozy qui a activement contribué à sa chute).

De Gaulle lui-même avait compris très tôt la contradiction entre le Capital et la Nation, entre intérêt de la Nation et intérêt du Capital. Avant même la fin de la 2ème guerre mondiale, et tandis qu’une grande partie des entreprises françaises s’enrichissait grâce à leur collaboration avec l’Allemagne nazie, de Gaulle avait opté pour la rédaction, par le Conseil National de la Résistance, d’un Programme du CNR ayant pour sous-titre Les jours heureux et qui définissait la protection sociale des français, et ce jusqu’à l’avènement du libéralisme et sa destruction « progressive » de l’Etat social. Après avoir survécu à la révolution de mai 68, de Gaulle a même tenté d’introduire des changements profonds dans l’administration des entreprises afin d’y faire participer les salariés. « Le général est devenu fou », a pensé la bourgeoisie française qui a fait tout pour le renverser.

Ce gaullisme social a disparu depuis longtemps et, aujourd’hui, l’image des « gaullistes » est réduite à celle du pathétique Fillon, fanatiquement libéral (sur un plan exclusivement économique) et empêtré, lui aussi, dans ses affaires d’enrichissement personnel et de corruption sordides.

Des hommes politiques devenus employés occultes (ou la montée mondiale de la Finance)

À ce stade, il nous semble approprié d’insérer une section concernant des développements internationaux plus larges que ceux concernant uniquement la France, car nous pensons qu’ils offriraient un cadre permettant de mieux interpréter ce qui arrive à ce pays. Les lecteurs peuvent, s’ils le préfèrent en poursuivant la lecture des sections suivantes, consacrées à la France.

Au fil du temps, la qualité est devenue quantité. Depuis les origines, les forces politiques ont toujours fait des compromis avec les puissants lorsqu’elles n’en émanaient pas. Maintenant que le capital financier est débridé, il convertit en employés le personnel politique.

Imperceptiblement, la nature des forces politiques a changé, en raison à la fois de leurs choix mais aussi à cause de l’augmentation spectaculaire de la puissance du capital financier mondial, d’ailleurs concédée par les politiques eux-mêmes. Ce capital financier mondial cesse progressivement d’être un des composants parmi d’autres (politiques, idéologiques, culturels, religieux…) du « système » dominant pour en devenir le centre !

La Finance est devenu une sorte de « superpuissance », mais sans reprendre les caractéristiques classiques des « vieux » Etats. Elle règne sur le monde et ceci non seulement avec la puissance économique qu’elle accumule sans arrêt. Elle est désormais en position d’acheter presque tout et tout le monde, y compris les élites politiques, les “intellectuels”, les médias (anciens et nouveaux) délivrant « l’information »,  la production culturelle, les découvertes de la science et de la technologie.

Aucun groupe dans l’histoire qui a accumulé un tel pouvoir et joui d’une telle liberté dans son utilisation n’a mis de limites à son utilisation. La logique même d’accumulation du pouvoir est que son accumulation continue. Quant à l’idée selon laquelle les gens les plus puissants du monde ne s’intéressent pas au pouvoir politique et géopolitique, elle est simplement devenue ridicule. Même s’ils le voulaient, ils ne pourraient pas le faire. En effet, au milieu d’une crise économique (comme celle de 2008) qu’ils ont eux-mêmes provoquée, ils n’ont d’autre alternative que de l’utiliser pour accumuler plus de pouvoir et même transformer le monde selon leurs aspirations, ou en subir les conséquences et les mesures coercitives qui devraient s’ensuivre.

La Finance n’a pas besoin d’avions ou de missiles pour intimider ses éventuels ennemis et leur intimer des ordres. Elle peut leur opposer les “Marchés”, organiser des attaques financières contre eux, leur imposer ses “Lois”. Elle peut aussi utiliser sa puissance intellectuelle fantastique (et son idéologie devenue dominante), qu’elle a également accumulée, et son influence dans les rouages clés des sociétés, son Smart Power, pour envoyer de signaux aux acteurs politiques et même les Etats et les Puissances, essayant de conditionner leur comportement et de les pousser à prendre des trajectoires dont elle comprend beaucoup mieux les conséquences stratégiques et tangibles que ceux qu’elle charge ainsi d’adopter et de suivre.

«Combien de divisions a le Vatican ?», demanda un jour Staline d’un ton sarcastique à son interlocuteur. Pourtant, le Vatican reste toujours à sa place. C’est l’état de Staline, si fort en apparence, qui a été disloqué.

Depuis l’effondrement de l’URSS, la Finance a de moins en moins besoin des états, et même des États-Unis d’Amérique, pour imposer sa loi. Elle les subordonne à sa logique, elle ne suit pas la leur. Libérée de toute restriction, abolissant la distinction entre les banques d’investissement et celles d’épargne, elle trouve de nouvelles façons de se reproduire en se  lançant dans l’industrie de « produits dérivés ». A travers la dette qu’elle est désormais seule à pouvoir financer, elle augmente encore ses profits, et ses propres demandes des individus, des sociétés ou des nations, de façon exponentielle, et leur mettant sous sa tutelle. Elle ne se contente plus  d’acquérir le produit matériel et intellectuel du travail humain, elle accapare le pouvoir. Et elle a trouvé dans le Traité de Maastricht l’outil privilégié d’institutionnalisation de sa domination.

Ce Traité représente le passage, non annoncé mais bien réel, des régimes occidentaux régis par le principe de la Souveraineté Populaire, au pouvoir du Royaume de l’Argent. Ce passage n’est pas certes exprimé comme tel, il se cache dans le labyrinthe des divers clauses du Traité, qui conduisent à permettent l’application silencieuse de ce Principe. Cette transformation discrète du régime politique accompagne la transformation du système économique, le passage du capitalisme classique à une sorte de méta-féodalité.

Pour la simple raison qu’elle peut tout acheter, la Finance acquiert, au même moment, des moyens de contrôle de l’humain sans précédent, de notre ADN à nos pensées et à nos sentiments. Des moyens produits par des armées de chercheurs de grandes universités et centres de recherche,  mobilisés chaque jour, chaque mois, chaque année, sans aucun contrôle social, et ceci depuis la Seconde guerre mondiale.

Pour la première fois dans son Histoire, l’Humanité a produit la base matérielle, scientifique et technologique, qui manquait pour réaliser les utopies noires de Ievgueni Zamiatine, de Orwell, de Huxley, de Kafka.

La plus importante des dernières révélations de Assange, ce n’est pas qu’il existe des moyens de nous suivre dans nos propres maisons. C’est la facilité avec laquelle ces moyens ont été transmis par la CIA à des intérêts privés. En Israël, par exemple, il y a eu récemment un scandale : certaines publications parlaient des millionnaires ayant « acheté » certaines fonctions du Mossad, l’un des meilleurs services secrets du monde, comme tous ceux qui ont une forte base idéologique.

A la fin, l’argent va s’acheter lui-même. Tout et tous pouvant être achetés. Mais dès qu’ils sont transformés en propriété privé, les individus et les institutions perdent leur statut et leur fonction. Les institutions cessent de jouer le rôle pour lequel elles ont été conçues et les humains arrêtent d’effectuer les fonctions qu’ils étaient censés accomplir, ils deviennent l’équivalent social de cellules cancéreuses.

Il est à noter que cette situation renversante est une cause de grande confusion parce que notre cerveau est habitué à analyser un monde où les joueurs sont des états visibles et des grandes puissances. C’est là qu’on recherche les sujets de l’histoire, et non pas dans les forces qui les utilisent. On croit encore à ce que l’on voit, les Grandes Puissances, les Nations, les Etats, alors qu’ils ne sont plus que les ombres d’eux-mêmes.

Au moment de l’effondrement de l’URSS, événement constituant de notre ère, un chroniqueur du Financial Times a suggéré que nous devrions « évoluer » en passant de la démocratie civile à la démocratie (c’est-à-dire la dictature) des entreprises. Seulement, si ces idées-là sont faciles à écrire dans le Financial Times, il reste beaucoup plus difficile de les réaliser. L’argent n’a pas de légitimité en tant que pouvoir, et là se situe une des raisons pour lesquelles il est obligé de tromper pour gouverner. Il préfère que son pouvoir reste invisible, précisément pour ne pas le compromettre.

Mais ce n’est pas la seule raison pour laquelle la Finance est obligée de tromper pour gouverner.

Plus il se soustrait des ses dernières fonctions productives, plus il se convertit à l’équivalent social, économique et écologique d’un cancer. Il transforme le néo-libéralisme en « capitalisme de catastrophe » et “économie d’esclavage” (cf. « l’exemple » de Grèce), l’impérialisme traditionnel, celui de la conquête, du contrôle, se change en impérialisme de  « démolition » des peuples et des pays (autre « exemple », celui du monde arabo-musulman).

Le Capitalisme lui-même semble s’abolir en se transformant en Meta-Féodalisme…

La conséquence du cancer, son vrai but et “programme”, est la mort, mais la mort (sociale) ne peut pas (encore) devenir un programme politique. Ce programme ne peut pas être annoncé comme tel et doit rester caché. Pour arriver à ses fins, il lui faut tromper les cellules chargées de défendre l’organisme (le sociétés ou les états, en l’occurrence) et les utiliser contre lui de la même façon qu’opèrent les maladies auto-immunes. On ne peut que les tromper pour obliger les peuples à avancer vers ce sinistre but, parce que les hommes veulent vivre et non mourir, et quand bien même ils savent qu’ils vont un jour cesser de vivre, ils sont en quête d’espoir et ont besoin de donner du sens à leurs vies.

Là se situe aussi une raison fondamentale pour laquelle la déception, l’inversion des significations et de la réalité s’imposent comme méthodes de domination et sont devenues indispensables à la politique actuelle. C’est pourquoi, pour comprendre et anticiper ce que nos politiques vont faire, parfois contre leur propre volonté, il serait judicieux de commencer par inverser leur message. Par exemple, Donald Trump accuse Hillary Clinton d’être à la solde de Goldman Sachs. Mais que doit-on comprendre ? Exactement l’inverse, car une fois élu, Donald Trump va mettre la banque Goldman Sachs dans son gouvernement pour diriger l’Amérique, sans passer par l’intermédiaire d’une classe politique elle-même corrompue. De même, « America First » veux dire « America second », c’est-à-dire l’Amérique et les américains après le Finance. Il faut utiliser de Socialistes pour détruire de sociétés, de nationalistes pour détruire de nations. Au moins jusqu’au moment qu’on va arriver à la situation, décrite par Kafka dans son Procès, où nous allons chercher notre salut dans la mort.

Inverser les termes pour comprendre les discours ! L’information n’est plus dans la présence, elle se situe dans l’absence, parce que les choses vraiment significatives, essentielles et importantes ne peuvent pas se dire. On a absolument besoin de les taire. Le vrai Pouvoir ne peut pas se manifester, ni afficher ses objectifs.

Un jour Mr. Barroso a dit : Nous savons tous que les prochaines générations vivront plus mal que les actuelles. Barroso a peut-être dit cela par excès de stupidité ou lors d’un éclair de sincérité. En tous cas, il l’a dit parce qu’il est depuis longtemps à l’abri du suffrage universel, car l’on ne peut pas encore faire ce type de déclaration si l’on veut gagner des élections (quoique, il semble bien que ce soit le pari d’un Fillon en France!)

De leur côté, les néoconservateurs ont invoqué le réalisme de Hobbes pour contredire les objectifs des philosophes, y compris ceux de Hobbes lui-même. Mais, au vrai, ce n’est pas la « naïveté » de la vision de la Paix éternelle d’Emmanuel Kant qui dérange les néoconservateurs, mais son contenu paisible et surtout non rentable. Quant à George Soros, il ne pourra jamais réaliser son rêve d’être reconnu comme un intellectuel, non pas parce qu’il lui manque les capacités neuronales d’un Karl Popper, mais parce que ses préoccupations financières n’ont absolument rien à voir avec les motivations de l’apôtre de la Société ouverte.

Toutes les théories développées dans les milieux dirigeants du monde après, mais aussi avant la fin présumée de la Guerre Froide, ne semblent avoir été conçues que pour aggraver les problèmes dramatiques de l’humanité, menaçant jusqu’à son existence. Aussi, même si ces théories prétendent généralement s’inspirer des “lois de la nature” et prennent des apparences intellectuelles (bien que d’une qualité intellectuelle absolument médiocre), elles ne visent qu’à légitimer et accroître leur domination mondiale et leur emprise sans précédent sur l’Etre Humain. Derrière leurs arguments fallacieux, ils dissimulent leurs choix, leurs actions et leurs intérêts amoraux. Ils optent pour l’Argent contre la Générosité, ils préfèrent Mars à Venus, la guerre à la paix, bref la mort à la vie.

Le «Choc des civilisations» prophétise (ou plutôt prépare) Huntington. Il  prophétise (prépare) même des affrontements des Hispaniques avec des Blancs en Amérique (bien avant l’annonce de la construction d’un mur avec le Mexique par Trump). Huntington pense aussi qu’il n’y a pas d’avenir pour la démocratie, en raison des limites physiques de la croissance. Bien sûr, il ne lui vient pas à l’esprit la possibilité de distribuer plus justement les richesses accumulées et produites par l’humanité qui, pour la première fois de son histoire, est devenue capable de satisfaire l’ensemble de ses besoins “raisonnables”, à condition toutefois de vouloir changer radicalement le système social qui prédomine et la culture qui l’accompagne.

Qu’est-ce que Huntington et des autres penseurs ou acteurs allant dans la même direction nous proposent alors ? L’augmentation spectaculaire des inégalités. La réhabilitation des formes « modernes » d’esclavage (y compris dans un pays membre de l’UE comme la Grèce) ? La transformation des hommes en animaux nomades comme les réfugiés en provenance d’Afghanistan, de Syrie, d’Afrique (ou les réfugiés scientifiques diplômés de l’Europe du Sud fuyant, eux, par voie aérienne). De son côté, l’Exxon de M. Tilerson rêve de fondre la glace de l’Arctique, assenant ainsi un coup peut-être fatal à la vie, et pas seulement la vie humaine.

C’est à cette dramatique et multiforme négation de la vie que mène la logique du Chaos, celle qui s’exerce déjà dans les guerres du Moyen Orient, provoquées par les interventions occidentales. Mais cela va aussi de la destruction consciente et sans état d’âme du berceau de la civilisation et de la démocratie (la Grèce), jusqu’à la destruction probable de l’humanité entière, ne serait-ce que par la hausse rapide de la température terrestre et autres catastrophes écologiques “naturelles” ou industrielles, type Fukushima, qui semblent annoncer toutes ensemble un “Siècle de Catastrophes”, pour paraphraser Hobsbawn.

Le Chaos favorise aussi le projet d’une dictature mondiale, planétaire. Ceux qui forment ce projet et dominent déjà le monde veulent que nous venions nous-mêmes leur demander, à eux qui ont déjà provoqué tant de désastres, de s’ériger ouvertement en Dictateurs, afin de sauver temporairement notre existence, fut-ce au prix d’une vie d’esclaves.

Le programme de l’Empire émergeant n’est pas, comme dans la guerre froide, l’attaque contre le socialisme. Il est l’attaque contre l’humanisme, l’Humanité et contre la vie elle-même. Voilà pourquoi le capitalisme contemporain qui a commencé sa trajectoire historique par des gens de la qualité des Médicis se dirige de plus en plus par une bourgeoisie financière, ou même le sadomasochisme et le satanisme deviennent de plus en plus populaires, comme les pressent le génie de Kubrick qui s’exprime dans ses films, en particulier dans le dernier. Le culte du noir s’assorti très bien à la nouvelle Religion de la Mort. Quel genre de civilisation est celle dans laquelle 47% des « business executives », supposés être les individus les mieux réussis, ont souffert d’une maladie psychique identifiable à un moment de leur vie, selon une recherche publiée par le Financial Times ?

La fraude, la création de confusion, les complots ont toujours été au menu de l’histoire. Désormais, ils sont devenus le plat principal ! Le terrorisme intellectuel contre toute hypothèse d’un complot ne sert qu’à empêcher les gens de mettre en question les motivations des forces qui essayent de dominer leur vie. Or, ce terrorisme “intellectuel” engendre à son tour une multitude d’hypothèses de complot qui envahissent les réseaux sociaux.

On fabrique des théories folles de complots, qui sont crus par des fous, des résignés, des impuissants, voire des adolescents, mais qui servent aussi à convaincre les autres qu’il n’y a aucun complot ! Lentement, ils veulent nous convaincre que seuls les mensonges sont des vérités, mais aussi, finalement, qu’il n’y a pas de vérité, ou que, s’il y en a une, il n’y a aucun avantage à la trouver. Là se situe la signification du mot Post-Vérité, soudainement et récemment apparu.

Il faut dire que nous avons parfois intérêt à les croire, d’une part parce que nous ne voulons pas reconnaître que nous étions jusque-là trompés. D’autre part, parce que lorsque la réalité se révèle être un cauchemar, on préfère souvent s’endormir.

Voilà pourquoi le monde ressemble aujourd’hui, et de plus en plus, à un univers virtuel multidimensionnel, sorte de techno-grotte, comme celle décrite par Platon dans sa République. L’humanité voit les ombres, les fantômes des êtres et de leurs mouvements derrière elle. Pour mieux l’entrevoir, ce n’est pas seulement une source de lumière qu’il faudrait apporter, comme dans la République, mais une multitude d’éclairages révélant les zones d’ombre.

L’effondrement du “socialisme” soviétique en 1989-1991 a marqué non seulement la défaite du projet « socialiste » face au projet « capitaliste » (les deux se présentant comme progressistes), mais il a permis aussi au projet victorieux de se débarrasser de tout élément progressiste qui subsisterait encore, transformant ainsi sa victoire en une défaite de la notion même de Progrès Humain, religion laïque et idée constituante du monde moderne, y compris du modèle dominant occidental.

Trois exemples pour clarifier ceci (perestroïka, Moyen Orient, Grèce)

On a parlé de la capacité du pouvoir à concentrer les moyens et développer une capacité d’exercer une influence considérable sur les êtres humains et sur le monde. On a surtout parlé d’une capacité d’analyse stratégique supérieure à ses rivaux, celle d’envoyer des signaux imperceptibles à des acteurs pour les conduire à suivre le chemin souhaité, tout en croyant qu’ils agissent de leur propre volonté. Voilà trois exemples de ce que nous voulons dire :

L’Union Soviétique ne s’est pas effondrée à cause des interventions étrangères de 1921, des armées d’Hitler ou de l’OTAN, de la “puissance dure” (hard power) de ses ennemis. Ni même à cause seulement de la “puissance douce” (soft power) de ses rivaux, de l’attraction de l’exemple des pays capitalistes avancés. Elle affrontait bien sûr de graves problèmes, sans lesquels elle ne se serait pas effondrée. Ces problèmes étaient la condition nécessaire mais pas suffisante pour provoquer à eux seuls une telle catastrophe, l’anéantissement d’un pays et d’un système. L ‘URSS ne pourrait pas s’effondrer sans la “puissance intellectuelle” (smart power) de ses rivaux, qui ont su introduire, dans le logiciel même du Kremlin, le programme qui a provoqué l’autodestruction du système.

Ce sont eux, les rivaux intelligents, qui ont persuadé les dirigeants Soviétiques qu’ils étaient leurs amis et pas leurs ennemis. Ils ont conçu les idées fondamentales de la Perestroïka à la Michigan State University. Les analystes les mieux informés attribuent à Soros l’architecture de la politique de Glasnost. Les Occidentaux, probablement en coopération avec une partie de l’appareil soviétique, ont envoyé Matthias Rust atterrir sans problème avec son avion sur la Place Rouge pour fournir à Gorbatchev les arguments nécessaires pour la liquidation des leaders de l’armée soviétique (comme les nazis allemands avaient fourni à Staline les “preuves” pour décapiter l’Armée Rouge). A la fin, le régime, ayant perdu le désir même de survivre, est tombée de lui-même à cause de sa propre télévision, toujours étroitement contrôlé par le Département Idéologique du PCUS !

Pour éviter à tout prix de compromettre ce processus de suicide (assisté) de l’Union Soviétique, le Président Bush lui-même a laissé entendre, face aux événements en Ukraine de l’automne 1991, qu’il était plutôt favorable au maintien de l’URSS.

Quand il faisait cette déclaration, le Président Américain savait probablement déjà qu’il allait recevoir, quelques semaines plus tard, un coup de fil du Président Russe, Boris Eltsine, lui annonçant qu’il avait pris l’initiative de dissoudre l’Union Soviétique.

Autre exemple : Quelques années après la parution du livre de Huntington sur les Conflits de Civilisations, une série de guerres a commencé au Moyen-Orient. Les Etats-Unis sont justement accusés de les avoir provoqués, mais est-ce que ces guerres étaient vraiment dans l’intérêt national des USA ? La décision stratégique de commencer cette série de guerres semble ne pas avoir été prise au niveau de l’état américain, mais par les forces qui ont créé un réseau de lobbies neocons, qui ont pris le contrôle de l’état américain, en court-circuitant ses propres formes institutionnelles d’analyse et de prise de décision.

Il n’est pas non plus difficile de discerner l’influence de l’“Empire de la Finance” sur les décisions stratégiques officiellement prises par les gouvernements ou l’UE. En particulier sur les décisions des gouvernements Allemand et Grec de 2010 qui ont déterminé à la fois la « réponse » de l’Europe à la crise financière de 2008, mais aussi toutes les directions prises par la suite par l’Union européenne.

Un des architectes de l’Euro, Otmar Issing, est la plus grande autorité Allemande en matière de politique monétaire. Au printemps 2010, il était l’un des protagonistes les plus enragés de la ligne « Pas un euro pour les Grecs », comme il l’écrivait dans un article publié dans le Financial Times Deutschland (10.3.2010). Il mentionnait, dans cet article, plusieurs qualités qu’il s’accordait à lui-même, sauf une : être un conseiller rétribué par Golmnan Sachs Europe. Or, c’est précisément cette banque qui a le plus contribué à la création de la bulle spéculative mondiale qui s’est transformée en bulle de dette souveraine, mais aussi de la bulle particulière de la dette Grecque, déjà en 2000-01. Plus tard, cette banque a organisé, en alliance avec l’Allemagne, l’attaque des “Marchés” contre la Grèce, un pays de l’UE, qui payait en même temps cette banque pour lui donner les « conseils avisés » qui conduisaient le pays à la ruine.

Etait-ce un projet Allemand ou le projet de la Finance Internationale que Mr. Schäuble a appliqué contre la Grèce, en portant ainsi un coup très grave au crédit politique allemand et à l’UE tout entière ?

Peut-être qu’il est grand temps d’entendre le conseil de Platon dans sa République et de trouver la force de regarder et d’affronter la réalité vraie de notre monde.

De Sarkozy à Hollande

Les chauffeurs de taxi sont la meilleure « source » d’un journaliste essayant de comprendre ce qui se passe dans un pays donné. A Paris en 2007, à la veille des élections présidentielles, l’un d’entre eux m’a dit :

« Monsieur, ce n’est pas sérieux. Nous avons voté Non au référendum (sur le traité constitutionnel européen). Maintenant, six candidats du Oui se sont présentés aux élections. Il semble qu’ils veulent que le Oui l’emporte quand même ».

Sarkozy a triomphé. Le traité rejeté à l’occasion du référendum a été ratifié comme Traité de Lisbonne par l’Assemblée nationale française, évidemment sans un nouveau référendum.

Pourtant, mais c’était avant son élection, Sarkozy déposait des couronnes de fleurs sur la tombe du général de Gaulle, l’inventeur du référendum à la française, craignant peut-être que ce dernier se réveille et le chasse. Autre sacrilège, Sarkozy a ensuite remis la France dans l’OTAN. Il a fait tout ce qu’il pouvait pour détruire les derniers vestiges du « compromis historique » social-démocrate issu de l’union de la résistance communiste et gaulliste à la Libération. Sarkozy a également inversé toute la politique moyenne-orientale de la France, endossant le premier rôle dans la destruction de la Libye et agissant pour le compte de ceux qui ont utilisé des néo-conservateurs pour détruire l’Irak.

Hollande a remporté l’élection suivante, déclarant que « son véritable adversaire était le Finance » (même un Robespierre n’avait pas utilisé des slogans aussi radicaux…). Une fois élu, Hollande a pris pour conseiller un banquier de chez Rothschild qu’il a rapidement nommé Ministre de l’économie. Ces deux-là ont appliqué à la lettre la politique d’austérité que leurs Maîtres leur ont demandé d’appliquer, en sachant parfaitement que cette politique économique équivalait au suicide du Parti Socialiste Français.

Depuis, Macron a trahi Hollande et l’a envoyé à la retraite afin de se présenter lui-même à l’élection présidentielle. Selon tous les sondages publiés jusqu’à présent, et sauf surprise de dernière minute, il devrait finir par se battre en duel avec Marine Le Pen.

En l’absence d’alternative crédible, Socialistes et « Gaullistes » ont ainsi ouvert toute grande la voie au couple Macron-Le Pen. Mais en réalité c’est surtout à Marine Le Pen que la porte a été grande ouverte par « la gauche » de gouvernement qui lui a permis de s’approprier les aspirations sociales populaires et de les repeindre aux couleurs françaises. En effet, Marine Le Pen doit son succès présent à la soumission des « socialistes » français aux « lois du Marché » ainsi qu’aux dogmes économiques qui dominent l’UE. Dès lors, Marine Le Pen n’a pas besoin de formuler des propositions sérieuses et crédibles, notamment pour ce qui concerne l’avenir de l’Europe. Elle n’a pas besoin non plus de déguiser ses intentions guerrières en matière de relations avec les Musulmans et avec les pays du Moyen Orient.

Néanmoins, tout cela ne suffirait pas encore à offrir la présidence de la République à Marine Le Pen.

 

Les armes de Marine

Marine a réalisé une adhésion décisive, celle de Florian Philippot.  Autrefois soutien de Jean-Pierre Chevènement, ancien dirigeant de l’aile gauche des socialistes et chef de file des « souverainistes », Florian Philippot est devenu le « général » de Mme Le Pen, l’équivalent de ce qu’est  Steve Bannon pour Donald Trump. Selon les rumeurs, Le Pen ne prend pratiquement aucune décision sans demander l’avis de Philippot.

Philippot a mis les armes et la puissance rhétorique de la gauche française au service de l’extrême droite française, imitant même sa méthodologie cartésienne. Il n’est certainement pas Jaurès, mais il n’a pas besoin de l’être, lorsqu’il joue sans adversaire devant des écrans. Les impressions sont en écrasante majorité en sa faveur, puisqu’il s’oppose à la télévision avec les plus récents « mutants modifiés » de la métapolitique, qui prononcent l’un après l’autre des mots dépourvus de sens et semblent incapables d’opposer plus de résistance qu’un morceau de beurre au couteau.

Philippot est aussi arrivé à faire une autre chose. Homosexuel lui-même, il a réussi à réconcilier les ennemis de l’« inhibition morale » avec la puissante « communauté LGBT ». La stratégie politique de Marine Le Pen est un chef-d’œuvre. Elle a réussi à l’avoir comme conseiller principal, au moment même où d’anciens communistes incitaient leurs enfants ou petits-enfants à aller militer au Front National, fuyant ainsi les « pédés » de la gauche !

De cette manière, Marine combine maintenant l’image d’une femme très dynamique et ouverte, ami des homosexuels mais dotée d’une force politique implacable, par définition macho. Pas mal, pour une seule personne !

Le Pen a également réussi, tout en étant la représentante du dernier courant antisémite de France, à devenir l’amie des Juifs et d’Israël, comme la grande majorité des mouvements de l’extrême droite en Europe. Ceci est bien sûr quelque chose d’incroyable qui nécessite sûrement une sérieuse réflexion, d’abord de la part des Juifs eux-mêmes.

Inutile de dire que tout cela serait impossible si la pensée critique n’avait pas depuis longtemps disparu, ainsi que la liberté effective de parole, à savoir la capacité propre à la pensée critique de se déployer et de se faire entendre par la société, dans le pays européen où elle a été exercé par excellence et constituait sa fierté. En France, le président de Gaulle lui-même, alors que la guerre faisait rage en Algérie et que ses conseillers le poussaient à faire arrêter Jean-Paul Sartre, il leur a répondu « On n’arrête pas Voltaire ! » Pourtant, le philosophe communiste nommé soutenait les « rebelles » algériens (des « rebelles » que le père Le Pen torturait à cette époque).

Actuellement, bien sûr, on n’a plus de censure et le “délit d’opinion” ne mène plus en prison. Les forces dominantes sont sûrs qu’ils peuvent noyer tout porteur d’analyse et de contestation de leur pouvoir dans les rafales des nouvelles et des analyses virtuelles, tout ce qui est digne d’être entendu. Pour ne pas parler d’une situation générale où bientôt seulement des fous seront incités à dire la vérité.

Jadis, pour diffuser la propagande anti-soviétique, Le Monde publiait les textes d’un Soljenitsyne. Maintenant, se parodiant lui-même, ce journal publie en première page les articles d’un Khodorkovski, oligarque russe visant à dénigrer et à discréditer Poutine!

Pour en revenir à Marine Le Pen, il faut dire que les mutations qu’elle impose provoquent des réactions au sein du Front national, lequel conserve ses « purs idéologues ». A plusieurs reprises, ces derniers lui ont fait part de leur désaccord. Elle les écoute, essaye de les rassurer, en leur disant que « nous opérons ainsi pour obtenir le pouvoir, après nous allons voir comment mettre en œuvre nos idées. » Cependant, cela ne semble pas suffire à les rassurer. Mais la perspective du pouvoir et la posture présidentielle du Front national, comme celle de presque de tous les partis actuels qui n’ont plus que très peu à voir avec ce qu’ils étaient dans le passé, a pratiquement fait taire toute opposition interne.

La France est le pays de la Révolution par excellence. En réussissant le « lavage » de son image des « stigmates » du passé, autant qu’il lui était possible, puis en soulevant la bannière de la lutte contre la mondialisation, l’euro et l’Union Européenne, Mme Le Pen a pu exprimer le ressentiment populaire que la Gauche n’a pas pu ou voulu entendre.

Elle a ainsi synthétisé les deux identités fondamentales de la France, la Nation et la Révolution. Et elle s’est rapprochée, avec un talent indéniable et à l’aide de M. Philippot, du courant profond et de la culture socialiste traversant les couches populaires de la France, courant qui vient de très loin et reste ancré dans les esprits d’un pays qui a engendrée près de dix révolutionnaire dans son histoire.

En essayant d’unifier la puissance des concepts de Nation, de Révolution et de Peuple, la fille de Jean-Marie Le Pen est maintenant prête pour le dernier assaut, afin d’acquérir les pouvoirs quasi-monarchiques du Président de la République Française.

Mais tout cela pourrait s’avérer encore insuffisant. En effet, malgré tous ces renforts, objectifs et subjectifs, Mme Le Pen est reste la candidate de l’extrême droite qui a traumatisé les plus anciens.

Le cadeau royal du banquier

C’est Mr.Macron lui-même, le banquier de Rothschild, qui a offert à Mme Le Pen l’arme la plus précieuse pour vaincre ses concurrents, en se présentant comme son seul adversaire crédible aux élections. Et cela parce que Marine Le Pen ne peut gagner qu’en se battant en duel contre le symbole détesté des banques, de l’UE et de la mondialisation.

En se présentant contre elle, Macron lui délivre, par simple effet de contraste, le certificat d’authenticité d’une “amie du Peuple”, la “preuve”, dont elle a encore besoin pour parvenir au pouvoir.

Et le contraire est aussi valable. Seulement, en ayant comme rivale une politicienne de l’extrême droite, Macron a davantage de chance de devenir le prochain Président.

Aux Casinos de Vichy et de Trump, à l ‘« économie-casino », comme à la « politique-casino », une loi fondamentale est toujours respectée : Quel que soit le joueur qui gagne, le propriétaire du casino sera toujours gagnant en définitive.

Si le Le Pen gagne, le Capital cherchera à travers elle à  remplacer, ou tout au moins à modifier sérieusement le modèle « globaliste » de domination actuel par un autre modèle de domination. A défaut, l’extrême droite va re-stabiliser, a contrario, la domination de la mondialisation.

Mais le jeu est truqué car les joueurs ont fait un clin d’œil au croupier : Le Pen peut s’adresser plus aisément à la France populaire, tandis que Macron s’appuie d’abord sur une base beaucoup plus restreinte, celle des « bobos », des bourgeois bohèmes, des couches moyennes urbaines, politico-idéologiquement et socialement de plus en plus isolées.

Rien ne doit être laissé au hasard. Un jour, Fillon a critiqué les banquiers qui se réunissent en Suisse et y prennent des décisions qui, dit-il, sont nuisibles aux banques françaises et allemandes. Le lendemain, il est allé en Allemagne et a affirmé que les sanctions contre la Russie devraient être levées et qu’il faut créer un axe entre la France, l’Allemagne et la Russie !

Immédiatement après, Le Canard Enchaîné révèle les irrégularités dans les rémunérations de sa femme. Ce n’était pas un grand scandale, impressionnant et terrible. Mais il l’est devenu en raison de la sur-médiatisation par les médias appartenant à l’oligarchie « pro-Macron ».

Sauf surprise, cette affaire conduira à l’exclusion de Fillon dès le premier tour, ce qui amènera Macron au second, en favorisant finalement l’élection de Le Pen. Au second tour, une minorité des électeurs de Fillon va voter Macron, pour que Le Pen ne soit pas élue. La majorité va voter avec encore plus de fureur Marine, pour se venger des « mondialistes » et de l’oligarchie qui a évincé Fillon. Mais en réalité ce n’est pas du tout certain que leur vote supposée anti-oligarchique n’était pas prévue et voulue par les plus hautes sphères de l’oligarchie financière!

Il est d’ailleurs manifeste que, depuis plus d’un an, les grands médias de France ont aidé démesurément Marine Le Pen, sans le dire, évidemment et peut-etre sans même que tous qui ont participé à ca le sachant. Qu’ont-ils fait? Ils n’ont certes pas dit que Le Pen est la meilleure, cela aurait été naïf. Mais ils n’ont cessé de parler des élections présidentielles en mettant au centre de la discussion de savoir qui sera son meilleur adversaire au second tour. Bien avant que Marine réussisse à passer au second tour, ils ont anticipé sa victoire au premier, ouvrant ainsi la voie à sa victoire au second !

Nous ne pouvons évidemment pas exclure l’effet de la déesse du Hasard, nous n’avons aucune preuve formelle que tout ça fait partie d’un plan. Mais si c’est ainsi que cette déesse agit, alors, malgré son nom, elle ne laisse rien à la chance et elle se distingue par une grande systématisation dans ses méthodes et ses objectifs. Elle semble beaucoup plus raisonnable et efficace que les banquiers de notre monde.

Huntington contre Fukuyama

Marine Le Pen est peut être une version plus récente de Jeanne d’Arc. Mais, dans le cas contraire, on ne doit pas attribuer à ses diatribes contre la mondialisation beaucoup plus de valeur qu’aux manifestes anti-Finance du Président sortant Francois Hollande-Robespierre (ou même Babeuf. En réalité, c’est Fouché lui-même qui a initié la dernière campagne de Babeuf et l’a utilisé, avant de l’envoyer, lui aussi, à la guillotine).

On ne peut pas exclure que les diatribes “contestataires”, “anti-mondialisation”, “anti-UE”, ne sont que la mi-réele, mi-fausse masque dont le Finance, ou plutôt un de ses partis, parmi ces qui s’affrontent maintenant à l’Olympe du Pouvoir, a besoin de porter pour essayer d’offrir lui-meme la médecine pour la maladie (UE, mondialisation) que lui-même a provoqué. C’est logique de leur part, comme c’est logique pour un industriel qui voit la demande pour ses produits diminuer fortement de concevoir de nouveaux produits, pour satisfaire les nouveaux besoins apparus.

La France continue à être le « laboratoire politique » de toute l’Europe, selon l’expression de Karl Marx. Ce qui se passe dans ce pays est d’une importance fondamentale pour comprendre où et comment les choses vont  sur tout le Continent.

Il est maintenant tout à fait possible que les Français, pensant qu’on les invite à choisir entre la  Nation et la Mondialisation, vont choisir entre deux formes de domination de l’argent, probablement entre deux partis dans les vrais Versailles de notre monde.

L’un est inspiré par les idées de Fukuyama, rêve fané « de mondialisation heureuse », de la « bouillie » transnationale des nations, fondues dans le mixeur du néo-libéralisme et de la culture Ipad.

L’autre semble être inspirée par les idées de Huntington, par le choc des civilisations, de la gouvernance mondiale, non par la « fusion » des nations, mais par l’organisation des conflits entre elles, par l’utilisation de l’une contre l’autre, suivant le principe romain Divide et Impera, de la démolition violente des Nations, de la guerre continue, du Chaos à l’échelle mondiale.

La différence entre le premier et le second est aussi une différence dans l’évaluation de la situation mondiale et du vrai rapport de forces.

La crise de la «mondialisation»

Avec leur vote de mai 2005 contre le Traité constitutionnel européen, les Français ont porté un coup, fatal a la longue, à l’hégémonie idéologique de l’“Euro-libéralisme”, forme particulière qui a appliqué à l’Europe le projet mondial néolibéral, en noyant ses principes économiques et sociaux dans le besoin d’une intégration européenne.

Par son effondrement en 2008, Lehman Brothers a aussi démontré l’impasse du néo-libéralisme. Cette faillite financière de 2008 a enclenché la troisième des énormes crises financières qui ont marqué l’histoire du capitalisme, après celles de 1873-96 et de 1939. Or, la crise de 2008 n’est pas résolue et, il semble même qu’elle est encore loin d’avoir produit tous ses effets les plus graves.

N’oublions pas que la crise de 1873-96 a conduit finalement à la Première Guerre mondiale et à la Révolution d’Octobre. La crise de 1929 a, quant à elle, mené à la réorganisation de l’Amérique par Roosevelt, à l’arrivée d’Hitler au pouvoir, à la Seconde Guerre mondiale et aux révolutions chinoise et anticolonialistes. Nous parlons donc de phénomènes d’une telle échelle et d’une telle profondeur que l’on doit s’attendre au pire.

Face à cela, la gauche européenne ne fait plus figure d’espoir car elle n’a pas réussi à répondre aux défis de 2005 et de 2008. Elle ne dispose pas d’un plan satisfaisant pour la réorganisation de l’Europe, ni la détermination pour le mettre en œuvre. Elle est conservatrice et pas radicale. Elle fait constamment des erreurs au sujet de l’identité nationale, tout en restant attachée de manière étouffante au cadre national dans lequel ses partis opèrent, sans un véritable projet pour l’Europe. L’expérience grecque de SYRIZA s’est avérée être une catastrophe pour toute la gauche internationale. Quant au peuple américain, il a tenté avec Sanders de répondre aux défis posés par la crise de 2008, mais il n’y a pas encore réussi. C’est Mr Trump et les forces qui les contrôlent qui ont encore réussi à détourner une partie considérable de la “contestation” produite dans et par la société américaine.

C’est la faillite de la Gauche Grecque et Européenne, son incapacité à formuler même une alternative cohérente et à créer les conditions d’une lutte sérieuse pour imposer une autre Europe, qui a ouvert pleinement la voie à l’extrême Droite et à un nationalisme qui semble radical, quand il s’oppose à la “dictature de Bruxelles”. Mais il est aisément imaginable qu’il s’avère très réactionnaire, quand il n’aura plus autre chose à opposer au principe du “Chacun pour Soi” libéral.

La “dictature de Bruxelles”, c’est-à-dire le monstre institutionnel de l’UE. n’est pas une entité autonome. C’est l’outil du capital financier international (et partiellement de l’OTAN, c’est-à-dire, des Etats-Unis). On peut être formellement un état indépendant, mais en réalité ce qui importe n’est pas seulement indépendance formelle, mais la capacité réelle d’utiliser la souveraineté nationale et populaire contre les acteurs de la Finance Internationale, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’UE ou de l’Eurozone.

La nature a horreur du vide. C’est pourquoi la réponse à la crise vient maintenant de forces qui l’ont elles-mêmes provoquée mais qui ne peuvent apparaître en tant que telles, ou présenter ouvertement leur buts, il leur faut passer des accords avec des personnalités et des courants, de gauche hier, de la droite nationaliste aujourd’hui, prêts à jouer le rôle de Faust pour accéder au pouvoir.

Ils pensent que les promesses brisées de la mondialisation ne seront pas suffisantes pour sauvegarder leur pouvoir sur le long terme.  Tôt ou tard un vrai SYRIZA, ou même de vrais Gaullistes, peuvent réapparaître, les mettant en grandes difficultés.

Etant donnée aussi l’impasse économique et politique, c’est-à-dire la Haute Finance Internationale, a probablement besoin de la guerre, d’une guerre civile entre les couches populaires d’origine européenne et islamique, guerre économique et politique entre les nations européennes, guerres internationales contre l’Islam pour commencer, contre d’autres cibles par la suite.

Ils ont besoin de ces guerres de types différents, pour justifier la négation des droits politiques, faciliter la régression sociale et la justifier.

Ils ne veulent pas augmenter la puissance des peuples et des nations européens contre le Finance, ils veulent la diminuer.

Ils utilisent de slogans “révolutionnaires” pour accomplir de taches et des objectifs “contre-révolutionnaires”. La méthode n’est pas originale. Elle a été utilisée par le National Socialisme Allemand et le Fascisme Italien. Bien que, sur d’autres points, ces courants semblent avoir des différences considérables avec l’extrême droite européenne contemporaine.

Pourquoi Le Pen et Bannon ont besoin de l’Islam ?

Nous ne sommes pas en mesure de savoir ce que les leaders de l’ISIS pensent de la situation politique en Europe et aux Etats-Unis. Par contre, il est indéniable qu’ils ont déjà fait un grand cadeau à Mme Le Pen, avec les attaques au Bataclan en 2015, juste avant les élections régionales françaises.

Il faut aussi noter que la crise européenne n’est pas seulement économique, sociale, politique. Chaque projet économique, social, politique est aussi un projet géopolitique. C’est pourquoi les conflits de ce type font de plus en plus souvent leur apparition dans le contexte européen, à commencer par la crise des réfugiés, en passant par le couple terrorisme-antiterrorisme, atteignant maintenant jusqu’au niveau des menaces de guerre entre pays d’Europe (Grande Bretagne et Espagne par rapport à Gibraltar).

Nous devons faire face à un nouveau totalitarisme, proclame Mme Le Pen. Mais ne croyez pas qu’elle a à l’esprit les banques, comme elle le suggère parfois à ses électeurs. Elle pense aux djihadistes et le dit, comme M. Trump, qui, après avoir accusé Clinton d’être à la solde de Goldman Sachs et de vouloir de nouvelles guerres au Moyen Orient, a nommé les représentants de cette banque dans son gouvernement, afin d’administrer directement l’Amérique, tout en décrétant l’interdiction faite aux musulmans de certains pays à entrer en Amérique. Toutefois, nous savons que les pays désignés ainsi par Trump ne sont pas ceux d’où viennent les terroristes, mais ceux qui sont sur la liste des pays voués à la destruction, liste constituée par les néo-conservateurs au début de cette aventure.

Si l’on entend ce qui est actuellement raconté sur l’Islam, on croirait revivre la chute de Constantinople, le siège de Vienne ou la bataille de Poitiers. On va croire à la fin que ce n’est pas l’Occident qui a non seulement conquis, mais aplati récemment avec ses missiles, des bombardiers et des mercenaires, plusieurs pays arabo-musulmans. A croire que les Arabes bombardent l’Europe et envoient des nouveaux croisés, sous la forme de réfugiés qui se noient dans la mer avec leurs enfants, apparemment parce qu’ils aiment les sports dangereux, et non pas parce que leurs maisons sont bombardées et détruites.

C’est encore un chef-d’œuvre de désinformation. Les mondialistes proposent comme solution au problème créé par les politiques militaires occidentales et par le FMI sur le reste de la planète, d’accueillir aujourd’hui dans les pays occidentaux le plus grand nombre possible d’habitants exilés des leurs.

En faisant ceci, les Soros et Fukuyama, ouvrent la voie à Trump, Le Pen et Huntington, en leur offrant l’ennemi nécessaire pour des raisons nationales et internationales, beaucoup plus significatifs que le combat contre l’ISIS, dont la création a d’ailleurs été facilitée par tous les moyens mobilisés par les agences américaines et leurs alliés !

Il y a trois ans au Vatican, Steve Bannon prenait la parole devant un public animé des mêmes idéaux de « droite radicale » que lui. Le « général » et «sur ministre » de Donald Trump, a alors expliqué avec une désarmante clarté son véritable ordre du jour : Unir les chrétiens et les juifs contre « l’islam radical » (**)

 

La fausse « amitié » avec les Russes

Bannon a raconté d’autres choses intéressantes. Ancien cadre de Goldman Sachs, il est apparu en tant que représentant du capitalisme sain contre le capitalisme corrompu auquel, il faut le noter, il a assimilé la Russie et la Chine. C’est-à-dire qu’il les a inclus parmi les ennemis, bien que la Russie au moins n’est pas sa première priorité, pendant que son président semble tombé amoureux de Poutine ! Pourtant, bien que collègue de Milo Yiannopoulos (il semble qu’il y a un lien profond entre certains homosexuels et les gardiens de notre morale), Bannon ne semble pas opposé à l’idée d’une alliance temporaire, tactique avec les Russes, sur la base des «valeurs conservatrices».

  1. Bannon a également prouvé qu’il considère la Russie comme son ennemie, par la présentation qu’il a fait de la 2e Guerre mondiale -victoire des Soviétiques par excellence, qui ont sacrifié plus de vingt millions de personnes pour entrer à Berlin- comme un triomphe du… capitalisme ! Lequel capitalisme aurait, selon Mr.Bannon, aidé la Russie soviétique à se sauver! Dans sa description de la Guerre, il n’y avait que des Américains, des Français, des Polonais, des Italiens et des Anglais pour combattre les nazis. Bien sûr, les deux nations qui, presque seules, surtout au début de cette Guerre, ont brillé de manière exemplaire dans la résistance contre Mussolini et Hitler, les Grecs et les Serbes, n’étaient même pas mentionnées.

Mr Bannon a frôlé le ridicule en présentant la guerre entre l’Allemagne Nazi et la Russie communiste comme étant essentiellement une guerre des Chrétiens contre les Athées. Mais s’il a dit des choses tellement ridicules, il l’a fait pour de raisons pas du tout ridicules.

En opérant une telle distorsion du passé, le stratège de Trump nous révèle de façon indirecte mais très claire le futur auquel il aspire. Car le Moyen-Orient n’est pas seulement important pour ce qu’il est ou pour son pétrole. Il est le champ d’exercice privilégié de la puissance impériale. Ce ne sont pas seulement les Arabo-musulmans qui sont combattus là-bas, c’est à toute l’humanité que la leçon s’adresse. En particulier à des pays comme la Russie, la Chine, l’Inde et l’Europe entière.

L’avenir de l’Europe

Le Pen n’a pas tort dans ses nombreuses critiques de l’Union européenne et de l’euro. Mais l’essentiel du problème n’est pas là. Le gros du problème est le suivant : quel sera le nouvel ordre pour l’Europe qui viendra remplacer l’ordre existant.

Bien sûr, on discute beaucoup aujourd’hui de la question importante de l’Euro, mais c’est en oubliant qu’une monnaie n’est, en dernière analyse, que l’expression d’un projet politique et géopolitique. Son abandon éventuel sera aussi, et objectivement, la naissance d’un nouvel outil servant un autre projet. Mais personne n’en parle!

La Gauche Européenne, pas plus que les nationalistes européens, n’a pas exprimé de projet politique qui serait servi par la dissolution de l’Eurozone. Mr Rothschild ou Mr Bannon, ont peut-être des idées intéressantes pour notre futur, mais ils ne nous exprimeront pas leur stratégie.

Une grande partie de l’opinion européenne est déjà convaincue que l’Union Européenne actuelle est une structure inacceptable. Ce qui n’est pas du tout clair, c’est quels pourraient être les alternatives possibles. Le fait que cette Union n’est pas acceptable, qu’elle doit être radicalement reformée ou remplacée, ne signifie pas automatiquement que sa destruction va nous conduire à un ordre Européen meilleur, ou du moins pas pire que l’état de choses existant.

La dissolution de l’Europe en une myriade de petits et moyens États-nations est-elle une solution ? Ces États-nations seront plus ou moins puissants ? En supposant bien sûr qu’ils existent encore et qu’ils ne soient pas seulement des résidus des vieilles nations face au pouvoir colossal de la Finance (et de l’Amérique).

Dans les conditions actuelles concrètes, dans la situation réelle que nous affrontons aujourd’hui en Europe, est-ce que la destruction de l’UE par les forces qui essaient de la détruire va-t-elle représenter un progrès ou un recul historique ? Est-ce que l’on va restaurer l’indépendance nationale de nos états, ou allons nous diminuer leur possibilité d’utiliser leur indépendance formelle ?

L’Union Européenne est une structure contradictoire. Son fonctionnement devient de plus en plus totalitaire, au service de la Finance tandis que son idéologie et ses principes fondateurs restent démocratiques, bien qu’ils évoluent aussi vers une culture plus totalitaire.

Toute la question est de savoir comment on va résoudre cette contradiction. La destruction de l’UE pourra servir un nouveau projet démocratique européen ou, à l’inverse, un plus grand asservissement des nations européennes.

Est-ce que l’on va mieux protéger les sociétés, les peuples et les nations européennes, ou, au contraire, être amenés à une situation justifiant des attaques encore plus graves contre l’état social en Europe ?

Comme dit un intellectuel russe, Sergueï Glaziev, érudit profond des cycles Kondratiev dans l’histoire économique et conseiller du Président Russe Vladimir Poutine, les deux guerres mondiales étaient aussi des guerres civiles européennes.

La division de l’Europe continentale a toujours été l’arme principale de forces extérieures au continent et qui voulaient le dominer en tirant profit de ses contradictions. Les Britanniques (et probablement la famille des Rothschild) l’ont fait pour vaincre la France de Napoléon. Les Américains sont intervenus contre l’Allemagne en 1917, mais pour soumettre tout le continent à leur pouvoir. Après la Seconde Guerre Mondiale, ils étaient pour l’unification de la partie occidentale, seulement pour consolider la division entre l’Europe de l’Est et celle de l’Ouest, et d’empêcher ainsi la réalisation de la vision de Charles De Gaulle, celle d’une Europe qui irait de l’Atlantique à l’Oural (on pourrait peut-être dire de l’Irlande à Vladivostok).

C’est cette vision qui hante surtout Washington et, plus encore, l’Empire de la Finance : une Europe unie et en coopération étroite avec la Russie. L’une des raisons les plus importantes de la guerre en Ukraine est également de détruire les relations entre l’Europe et la Russie et de recommencer une guerre froide pour détruire tout potentiel de coopération stratégique entre l’Europe et la Russie.

La réalisation d’un tel projet, semblable au projet gaullien, pourrait créer la base d’une solide coopération économique et géopolitique pour essayer de lutter contre les conséquences, tellement destructrices au niveau écologique, socio-économique, géopolitique, issues de la concentration du pouvoir financier et intellectuel dans les mains d’une minuscule minorité qui a de visées totalitaires mondiales. Même les plus puissants des états européens auront de très grandes difficultés pour affronter demain, un par un, ces défis et ces forces colossales.

Voici la grande responsabilité des forces qui persistent à s’intituler de gauche, sociales, écologiques, pacifistes. Est-ce qu’elles ont  une idée pour l’Europe et le monde, une stratégie, une volonté de faire face à un défi aussi grand que celui auquel est confrontée l’humanité? Ont-elles l’indépendance d’esprit et le courage nécessaire contre le pour s’opposer au pouvoir de l’Argent ? Ou ne sont-elles plus que la lumière d’une étoile déjà morte, ouvrant la voie à une longue nuit dans l’histoire de l’humanité, un monde qui, à la lueur de ses réalisations technologiques, reste plus préhistorique et plus barbare que jamais ?

Sera-t-il possible à d’autres lieux alternatifs, en dehors de l’Occident, conservateurs dans leur psychologie mais aussi obligés de résister, de répondre au besoin qui les presse, comme dans le passé, de produire et d’opposer au spectre de la destruction qui nous menace, des idées opportunes pour toute l’humanité ?

Pseudo-(Fake) Radicalisme

Ni Trump, ni Le Pen ne peuvent être comparés avec le totalitarisme d’avant-guerre, bien qu’ils partagent un certain nombre de points essentiels en commun. Et il y a peut-être là un piège pour ceux qui pourraient espérer quelque similitude et qui, fabriquant des sujets virtuels, risquent eux-mêmes de se laisser berner à la fin, pensant que ce sont des vrais.

Comme Günter Grass l’a écrit, les soldats d’Hitler qui ont occupé l’Acropole, avaient des poèmes de Hölderlin dans leurs bagages.

Ils n’avaient pas, comme Schauble aujourd’hui, copié (comme des étudiants gâtés) les recettes de Goldman Sachs et du FMI dans leurs cahiers, ils n’avaient pas, comme Schauble, assigné à Otmar Issing la tâche d’élaborer les normes de l’Euro.

Si les destructions infligées par Hitler et par Schauble au peuple Grec sont comparables, il reste plus difficile de traiter un adepte de Goldman Sachs et du FMI comme un réel nationaliste Allemand. Mais qu’il le comprenne lui-même ou non, il n’est à son tour qu’un fake.

Dans une interview, on a demandé à Noam Chomsky, si Trump pouvait être comparé à Hitler. Le philosophe linguiste a répondu qu’il y a une grande différence entre les deux : Hitler et ses compagnons ont vraiment cru à leurs idées, ils n’ont pas fait semblant.

Mars 2017

Notes

(*) Journaliste et Ecrivain

(**)  http://www.defenddemocracy.press/this-is-how-steve-bannon-sees-the-entire-world/

Cet article est la version plus developpee d’un article plus sestreint en anglais et, encore plus restreint en grec, publies ici

http://www.defenddemocracy.press/

http://www.konstantakopoulos.gr

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La UE amenaza a los refugiados y los refugiados amenazan Europa

Las sociedades europeas y los gobiernos de la UE están siendo divididos por la crisis de los refugiados. Por un lado, muchas personas expresan de manera práctica su solidaridad con la pobre gente que arriesga su vida y a veces muere en su esfuerzo por encontrar un refugio en Europa. Por otro lado, muchos están muy preocupados por las repercusiones que un flujo masivo tal tendrá sobre las sociedades europeas. A veces, esta “ira” toma formas bárbaras, como cuando ciudadanos alemanes celebran el incendio de un edificio para refugiados. O se traduce, como en Dinamarca, en una política de Estado que les roba.

Ambas corrientes de la opinión pública tienen en realidad algún razón (no hablamos, por supuesto, de los delitos contra los refugiados o los inmigrantes). Los refugiados y los inmigrantes merecen toda nuestra solidaridad si deseamos seguir siendo seres humanos. Especialmente de los que hemos apoyado, o no nos opusimos suficientemente, a las intervenciones militares en sus países, las cuales los han convertido en refugiados (o a las políticas económicas y “climáticas” que los convirtieron en inmigrantes). Aún así, ¿es realmente una solución, para ellos y para nosotros, tener la mitad del Oriente Medio y África emigrada a Europa, con el fin de evitar las consecuencias de los desastres que hemos ayudado a acumular en sus países? ¿Habiendo contribuido tanto a destruirlos, vamos ahora a completar el proceso con la emigración a Europa de sus ciudadanos mejor educados y más activos? ¿Cuál es la solución adecuada a este difícil problema, que ya está amenazando la cohesión, si no la existencia misma de la UE?

Es obvio, al mismo tiempo, que tanto la crisis de los refugiados y las amenazas terroristas, y también la confusión generalizada acerca de las raíces de estas crisis y de las posibles vías de salida, se utilizan para influir de manera radical en la política europea, por parte de las mismas fuerzas totalitarias, como los neoconservadores y sus aliados, que son las principales responsables de su creación. Especialmente mediante el diseño de las intervenciones militares en el Medio Oriente, a través de su influencia en los gobiernos estadounidense, francés, británico y de otros estados y gobiernos. ¿Quién podría haber imaginado, hace tan sólo unos meses, que un país como Francia, la patria y el símbolo de la libertad europea durante los últimos siglos, consagraría la ley marcial en su Constitución?

Para hacer frente a la situación sin ser destruida en sus fundamentos y mantener su cohesión, unidad, posibilidad de independencia, pero también su propia democracia, Europa tiene que hacer dos cosas en el corto plazo. En primer lugar, organizar el alojamiento para las personas que ya han cruzado sus fronteras, y hacerlo de una manera justa y equitativa entre los miembros de la UE. En segundo lugar, ejercer la presión necesaria sobre Turquía para detener el flujo de refugiados a Grecia y ayudarles donde están ahora, siempre y cuando no existan condiciones para un retorno seguro a sus países. Tal política es ahora absolutamente necesaria. Aún así, no es suficiente.

También tenemos que revertir radicalmente el actual curso en el Oriente Medio. Tenemos que dejar de desestabilizar cualquier potencia independiente en Oriente Medio, tenemos que ayudar a detener de inmediato la guerra en Siria, necesitamos una ayuda económica masiva para permitir la reconstrucción de los países que hemos demolido o ayudado a demoler. A largo plazo necesitamos también ejercer la presión necesaria para lograr una solución al conflicto palestino-israelí.

Mucha gente dirá que todo esto es muy bonito, pero poco realista, “utópico”. Bien, podemos tratar de evitar este tipo de políticas. Pero debemos ser conscientes de la alternativa real. Y la alternativa real es la de importar a Europa el caos de Oriente Medio, permitiendo al mismo tiempo a las mismas fuerzas que lo provocaron, que puedan continuar su labor destructiva (y, en realidad, imponer su régimen) en nuestro continente.

DEFENDONS LE NON DU PEUPLE GREC! DEFENDONS LA PATRIE ET LA DEMOCRATIE!

Le 5 Juillet, le peuple grec a rejeté, à une majorité écrasante, l’ultimatum des créanciers, lesquels se comportent comme d’impitoyables colonialistes et destructeurs de notre pays. Le peuple a demandé la fin des mémorandums de la destruction et du pillage du pays, de la colonisation de la Grèce, qui a commencé en mai 2010.

Ce Non, qui a surpris toute l’humanité, a été donné dans les circonstances les plus difficiles, des circonstances de terreur propagée par la quasi-totalité des médias, de menaces et de chantage de la part des puissances internationales les plus fortes et de guerre économique naissante, et qui ont conduit à la fermeture des banques. Ce Non est comparable aux grands Non de notre histoire comme ceux de 1821, 1940, 1941-1944 et beaucoup d’autres avec lesquels le peuple grec a gardé la dignité, la culture et les conditions morales les plus fondamentales de son existence en tant que nation structurée.

Selon les principes les plus fondamentaux de notre constitution, ce Non prime sur toutes les décisions du gouvernement et du Parlement. Toutes les institutions gouvernementales grecques et européennes se doivent de les respecter, d’autant plus qu’absolument rien n’a changé depuis les conditions qui prévalaient le 5 Juillet (si quelque chose s’est passé, c’est que les conditions imposées au peuple grec par les créanciers se sont détériorées).
Le résultat d’un référendum ne change qu’avec un autre référendum. Le respect de ces règles, le respect de l’expression directe de la volonté du peuple grec et de l’essence de notre gouvernement ne sont pas seulement une question juridique, politique et économique grave. C’est la condition la plus importante au maintien de la démocratie en Grèce et en Europe. C’est le seul moyen de maintenir la paix dans la société grecque.

C’est également le seul moyen d’assurer notre survie morale et matérielle, et pour la Grèce de survive en tant qu’identité sociale, politique et culturelle. Au cours des cinq dernières années, il a été prouvé, de la façon la plus absolue et la plus tragique, que ces programmes, imposés par la Troïka (l’UE, la BCE et le FMI) au peuple grec (avec le consentement des gouvernements grecs qui ont massivement violé la Constitution, la volonté des électeurs, le droit européen et international), n’ont abouti à rien d’autre qu’à la plus grande catastrophe économique et sociale qui ait eu lieu en Europe depuis 1945. Ces programmes assassinent notre pays !

La poursuite de ce programme dans un pays qui a déjà subi une destruction sans précédent va provoquer sa désintégration complète et son démantèlement à tous les niveaux. Même ceux qui ont voté à l’Assemblée les mesures inhumaines imposées par le dernier « accord », manifestement illégal et anticonstitutionnel, n’ont pu citer un seul avantage convaincant. Leur seul argument est que « nous n’avons pas d’autre solution, nous devons nous incliner, nous rendre ». En fait, on nous demande de nous suicider en tant que pays et en tant que peuple.

Le peuple grec, tous les citoyens grecs et l’opinion publique mondiale ont suivi, consternés, l’évolution des événements après le référendum. Aujourd’hui encore, l’esprit humain a du mal à comprendre comment un gouvernement qui a demandé et a obtenu du peuple grec le mandat écrasant de résister s’est mis, pratiquement dès la clôture du scrutin, à agir comme si c’est le Oui qui l’avait emporté. Οn a du mal à comprendre que cinq jours plus tard, et sans avoir rien changé aux conditions qui prévalaient le 5 Juillet, il se soit accordé sur des procédures avilissantes, un « accord » humiliant et dévastateur pour la Grèce. Cet « accord », il n’a pas osé le soumettre au Parlement pour le faire approuver, comme le prévoit la Constitution, mais il a fait voter un projet de loi baptisé « accord », comme le faisait le gouvernement d’alors en mai 2010 qui le nommait « mémorandum ». L’humiliation de la Grèce et le mépris de la Constitution ont été symboliquement achevés avec la publication, dans le Journal officiel, de la loi sur les mesures adoptées par le Parlement, au-dessus de laquelle figure le nom du Président de la République mais pas sa signature, loi non adoptée par le Parlement, contenant le texte de l ‘« Accord en anglais et en grec », loi publiée semblant provenir d’ordres donnés par un pouvoir supérieur.

S’efforçant de justifier l’injustifiable et d’expliquer cette métamorphose ovidéenne, le Gouvernement est maintenant devenu le principal propagandiste de tous les arguments du Oui. Il a lui-même installé la peur et la panique dans la tête des citoyens grecs. Il a mis le prestige que lui a donné sa position anti-mémorandum du passé récent, mais aussi le prestige d’une gauche qui a autrefois lutté héroïquement au service de puissances qui veulent briser le moral du peuple grec, qui veulent le convaincre que l’État est complètement impuissant, qu’il ne peut rien faire d’autre que de livrer sans résistance la souveraineté nationale et populaire aux créanciers en espérant leur pitié. Mais de pitié, comme l’ont appris les Grecs puisqu’elle leur a coûté le démantèlement du pays au cours des cinq dernières années, il n’y en a même pas.

Ce que dit aujourd’hui le Gouvernement, les politiciens et les partis en faillite qui portent la responsabilité historique de la destruction et de l’asservissement de la Grèce le disaient avant le référendum. Les Grecs l’ont ignoré, donnant au Gouvernement le Non qu’il demandait, mais on ne sait pas s’il le voulait. Or, le fait que le « chef-même » des anti-mémorandums répète de tels arguments sème la peur, le doute et la confusion auprès de la majorité des citoyens Grecs. Aux résultats immédiats, matériels et objectifs de la capitulation, s’ajoute la décomposition morale de la nation, l’effondrement de son moral, de sa confiance et de son estime de soi !

Bien entendu, le Premier ministre dit, tout comme ses prédécesseurs : « Il n’y a pas d’alternative, nous ne pouvons rien faire ». Ce n’est pas vrai. Un tel argument serait crédible uniquement si, dans la bataille pour la défense de la souveraineté de son pays, de la démocratie, des droits humains, il avait utilisé toutes les armes dont disposait la Grèce, armes qui n’ont pas été utilisées et ont été soigneusement dissimulées. Il y a toujours une alternative lorsque l’on a un peuple déterminé derrière soi ! Et quoi qu’il en soit, le premier à avoir la responsabilité et le pouvoir d’organiser la défense de notre État et du peuple face à une attaque et à la guerre ‒ et les Grecs et leur État subissent bien une attaque et une guerre depuis cinq ans ‒ est le premier ministre lui-même et son Gouvernement. Ils doivent encourager et non semer la panique. Qui doivent mettre au service de l’État menacé de disparition et du peuple tous les moyens disponibles. Et certainement pas ordonner la retraite du peuple et de l’État dans la peur au moment où l’ennemi attaque !

Pourquoi, d’ailleurs, durant deux ans et demi, depuis l’élection de 2012 jusqu’aux élections de 2015, le Premier ministre et les partis politiques au pouvoir ne se sont-ils pas préparés à l’éventualité fort probable d’un conflit avec les créanciers ? Pourquoi ne l’ont-ils pas fait même lorsqu’il est devenu clair que rien ne ressortirait des négociations ? Pourquoi ont-ils dépensé les réserves de l’Etat pour faire tenir pendant cinq mois une parodie de « négociations » ? Pourquoi ont-ils trompé et rassuré le peuple grec avant et après les élections, au lieu de l’y préparer ? Pourquoi n’ont-ils pas cherché une aide financière à l’échelle internationale, extérieure à l’UE, et la rejetaient-ils dans cesse dans leurs déclarations ? En qui vouaient-ils une telle confiance ? Pour quelle raison exactement remercient-ils maintenant les États-Unis ? Voilà quelques questions parmi d’autres que leur pose inexorablement le Peuple et l’Histoire.

Nous appelons le peuple grec, en ces heures tragiques de notre histoire, à ne pas baisser les bas, à ne pas perdre son courage et son discernement. À ne pas permettre qu’on lui brise de nouveau sa confiance et son estime de soi, sa confiance dans sa force historiquement maintes fois éprouvée. À ne pas plier.
Nos pères et nos mères, nos grands-pères et nos grands-mères ont vécu l’occupation allemande. Ils ont vécu la faim en 1941. Ils ont pourtant survécu, ils ont résisté et vaincu l’occupant. Il en sera de même maintenant.

Nous exhortons les citoyens Grecs à s’organiser et à lutter sans perdre un instant pour aider les plus faibles à affronter la faim, la maladie, la misère, pour soutenir la dignité des personnes. À aider tout d’abord ceux qui sont privés d’électricité chez eux, qui n’ont pas de toit, qui n’ont pas les médicaments dont ils ont besoin !

Nous exhortons les citoyens Grecs à ne pas laisser détruire par le troisième et le pire des mémorandums, les fonctions les plus fondamentales de la société et de l’Etat.
Nous les appelons à résister là où ils peuvent et comme ils peuvent aux nouvelles mesures imposées contre la population. Ce pays est le nôtre. Nous n’allons pas l’abandonner.

Nous appelons le peuple grec à tirer les leçons douloureuses mais nécessaires de son expérience et à bâtir un front de résistance sérieux et fiable, à ne pas faire aveuglément confiance aux sauveurs improvisés, aux aventuriers et aux opportunistes. Il n’est pas de plus grand devoir national et populaire, aujourd’hui, que de mettre un terme au plan de prêts en cas de catastrophe totale et l’asservissement du pays. Il est préférable que cette interruption soit convenue de concert avec les autres pays de l’Union européenne. Si cela ne peut se faire ainsi, elle doit se faire unilatéralement. Nous n’avons pas d’autre moyen de nous en sortir, ni le luxe de nouvelles illusions ! Il n’y a pas d’autre moyen pour sauver la Grèce de la catastrophe complète, pour la sauver avec des forces capables de maintenir son tissu social et le trésor le plus précieux que nous ayons, le capital vivant que sont les jeunes qu’elle est en train de perdre sur le chemin de l’émigration.

Pour ce faire, le peuple grec doit se mobiliser unanimement, sans égoïsmes ni clanismes politiques, sans slogans faciles ni opportunismes. Nous devons chercher des soutiens et des alliances aux quatre coins de la planète, sans distinctions. Nous avons besoin de courage, d’abnégation et de sérieux. Nous avons été détruits par les slogans faciles, le clanisme politique, les grosses voix vides de contenu, les aventuriers, l’exploitation opportuniste de la tragédie de notre peuple. Nous avons besoin d’une gestion scientifiquement adéquate des alternatives, d’une discussion ouverte et sérieuse dans la société grecque et avec les Grecs de l’étranger sur les solutions dont nous disposons et pour aller de l’avant en tant que nation.

David peut vaincre Goliath. Mais il doit être plus sérieux, discipliné et intelligent que Goliath. Aujourd’hui, le peuple grec paie très cher, le prix fort, comme tant d’autres fois dans l’histoire, parce que les prétendues forces anti-mémorandum et les deux partis au pouvoir, précisément parce qu’ils ont promis l’arrêt de la politique des mémorandums, n’ont pas accompli leur devoir, ne se sont pas préparés et n’ont pas préparé la population, sont souvent mus par l’esprit d’opportunisme et de leur parti politique, se sont fiés à l’assurance et aux conseils d’étrangers qui, tout au long de notre histoire, ont montré qu’ils ne sont pas nos amis.

Notre pays n’a pas été menacé lorsque le peuple, uni comme un seul homme, s’est battu pour son indépendance et sa prospérité. Il a toujours été menacé et a souvent été détruit lorsque les puissances étrangères qui voulaient l’assujetir ont pris le dessus.
server malgré cela quelques dépôts et à s’assurer un certain confort matériel et de sécurité, à prendre conscience qu’on joue avec leur peur de ce que pourrait signifier un conflit, sans leur dire ce qui arrivera si le pays continue dans cette voie. Il est certain que toute position de défense, toute résistance, tout combat est un conflit avec les forces très puissantes de destruction et d’esclavage. Il est certain que tout conflit comporte des dangers pour les combattants. Mais dans l’histoire, il y a des moments où le conflit est nécessaire pour sauver la patrie, le peuple, la culture et les générations futures. Pour sauver la valeur et la dignité de l’homme. Dans tout combat pur, les combattants bouchent leurs oreilles aux sons agréables et aux sons terrifiants des sirènes du conquérant.

L’une des armes les plus inhumaines désormais utilisées par toutes sortes de conquérants est la « faillite ordonnée », communément appelée « aide de solidarité ». C’est l’une des armes les plus inhumaines car elle écrase totalement un peuple et les générations à venir. Cette arme, utilisée contre le peuple grec depuis 2010, conduit à la disparition complète de la Grèce en tant qu’État-nation, en tant que société, en tant qu’identité historique et culturelle en même temps que les générations à venir. C’est cette faillite qui nous est imposée aujourd’hui, c’est celle que nous avons et c’est celle qu’a convenu notre chef politique actuel avec nos créanciers de poursuivre et de perpétuer. Le peuple grec ne doit pas permettre cela.

Si les créanciers gagnent, ils prendront tout, même à ceux qui ont encore quelque chose. La seule chose que Mme Merkel n’a pas tenté d’appliquer dans notre pays, c’est l’institution de l’esclavage. Bien sûr, il en est ainsi peut-être parce qu’elle a réussi à en imposer les « équivalents ». Ceux qui ont gardé une partie de leurs économies et leur sueur, ceux parmi les Grecs qui ont des entreprises, petites, moyennes ou grandes, doivent prendre conscience qu’elles vont leur échapper des mains, que l’objectif des créanciers est de les faire passer, ainsi que l’ensemble du marché dans les mains des sociétés multinationales et du capital financier spéculatif.

L’application de cet accord imposé et qui plus est mis en œuvre par un gouvernement parlant au nom de la gauche, recommande la prédominance totale du néolibéralisme, dans sa forme la plus extrême. Elle recommande l’abolition complète des droits sociaux et du travail, la dégradation de la classe moyenne déjà mise à mal, la destruction des agriculteurs et des chômeurs.

La protection de l’État social et des droits du travail et sociaux, la redistribution sociale et économique ne sont pas un luxe. C’est la condition absolue, la condition la plus vitale pour le salut de la patrie. La nation, la patrie ne sont pas des concepts abstraits, ils s’identifient avec le peuple grec dynamique, véritable, qui travaille dur et qui lutte. Une nation et une patrie ne peuvent non plus exister sans leur peuple et sans dignité. La Grèce ne peut, bien sûr, être identifiée à une oligarchie, étroitement liée à des intérêts étrangers.

L’abandon de la souveraineté de l’État aux représentants de la zone euro et au FMI est le lieu de rencontre de l’« élite » locale avec le capital financier international. C’est le plan de cession de la propriété publique mais aussi privée des Grecs, de leur système bancaire, de leur domicile principal dont la protection est déjà levée, et même de la terre des agriculteurs aux créanciers. C’est le plan d’appauvrissement complet, de la misère et de l’asservissement du peuple grec.

Nous sommes convaincus que la fierté et le patriotisme des Grecs vaincront la profonde déception et le découragement que nous sommes tous maintenant si naturellement en droit de ressentir. Les créanciers sont en effet si impitoyables qu’ils ne nous laissent aucune marge, si nous voulons survivre en tant qu’individus et en tant que peuple.

Nous lançons un appel à tous les peuples du monde et nous les invitons à prendre conscience que notre combat est aussi le leur. À comprendre le genre de puissances avec lesquelles nous avons affaire et qui ont choisi la Grèce comme animal de laboratoire.

Nous appelons tout particulièrement les Européens qui ont soutenu les Grecs pendant la période sombre de la dictature militaire et leur demandons maintenant d’empêcher le coup d’État organisé par leurs gouvernements, en collaboration avec le FMI et la BCE, sous la direction du capital financier international qui veulent imposer aujourd’hui en Grèce la dictature des créanciers, et l’imposer demain dans toute l’Europe !

Les puissances qui ont conçu et transformé un pays de l’Union européenne en une sorte d’Irak ou de Libye à coup de « bombardements économiques », si elles restent en place, finiront par détruire non seulement la Grèce, mais aussi l’ensemble de l’humanité. Face au nouveau totalitarisme des « marchés », un totalitarisme semblable, si ce n’est plus dangereux que celui des années 1930 et 1940, nous n’avons pas d’autre choix que de nous unir et nous battre. Nous devons le faire maintenant. Demain ce sera peut-être trop tard pour toute l’Europe, pour toute l’humanité.
La Grèce vaincra, la Démocratie vaincra, l’Europe démocratique vaincra !

Athènes, le 29 Juillet, 2015
*Venios Angelopoulos, Mathématicien, Professeur Emeritus de l’ Ecole Polythechnique d’Athènes, Membre du Comité Central de SYRIZA
*George Vihas, cardiologue, membre du Conseil Administratif de l’ Union Médicale d’Athènes, et un des fondateurs du Cabinet Médical Social Héllénique
*Kleanthis Grivas, psychiatre
*Catherine Thanopoulou, enseignante spéciale, membre du Comité Central de SYRIZA
*Kostas Karaϊskos, éditeur du journal , «Antifonitis» de Thrace
*George Kassimatis, Professeur Emeritus du Droit Constitutionnel de l’Université d’ Athènes, membre fondateur et Président honoraire de l’Union Internationale du Droit Constitutionnel, et ex conseiller juridique du PM Andréas G. Papandréou
*Pretre Andréas Kefaloyiannis, de Anoyia en Crète
*Jean Kimbouropoulos, Journaliste
*Stathis Kouvelakis, Professeur, King’s College, Londres, membre du Comité Central de SYRIZA
*Nikos Koutsou, Député d’ Ammohostos et l’un des deux députés, qui étaient contre les Memorandums en Chypre jusqu’ à la fin
*Marios Kritikos, Vice Président du Conseil Général de ΑDΕDΥ
*Dimitris Konstantakopoulos, journaliste et auteur, coordinateur de «L’Initiative de Delphe », membre du comité de rédaction revue internationale pour l’autogestion «Utopie Critique »
*Lefteris Konstandinidis, cadre du PAK, ancien député du PASOK
*Spyros Lavdiotis, économiste, auteur, ancien directeur de la Banque Centrale du Canada
*Yiannis Mavros, membre du Comité National pour l’exigence des dettes allemandes vis-à-vis de la Grèce
*George Moustakis, metteur en scène
*Dimitris Bellandis, avocat, Docteur du Droit Constitutionnel, membre du Comité Central du SYRIZA
*Maria Negreponti-Delivanis, économiste, auteure, ancienne Rectrice à l’Université Macédonienne de Thessaloniki, ancienne conseillère de l’OTAN de l’OCDE, de l’Université Européenne (Fiesole), docteur honoris causa de 5 Universités, membre honorifique de l’Académie Roumaine des Sciences, chevalière de la Légion d’Honneur, Vice –Présidente du CEDIMES, Présidente de la Fondation Delivani, etc.
*Panayiotis Pandelidis, économiste-chercheur
*Dimitris Patelis, Professeur associé de Philosophie, Ecole Polytechnique de Crète
*James Petras, Professeur de Sociologie à l’Université de Binghamton University, à New York, ancien conseiller du PM Andréa G.Papandréou, directeur de la Fondation des Etudes Méditerranéennes , collaborateur d’un grand nombre de chefs de mouvements de l’Amérique Latine
*Hélène Portaliou, Professeur de l’Architecture, Ecole Polytechnique Nationale Metsovion, membre du Comité Central du SYRIZA
*Stathis Stavropoulos, dessinateur
*Themos Stoforopoulos, ancien ambassadeur
*Michel Stylianou, journaliste, directeur de l’émission grecque, de la Radio Publique Française, pendant la dictature grecque
*Yiannis Shizas, auteur
*Fotis Terzakis, auteur
*Vangelis Tsekouras, avocat
*Mikis Theodorakis,compositeur
*Maria Fragiadaki, membre du Comité Central du SYRIZA, ancien membre du Conseil Administratif de l’Union des Ouvriers de la Grèce
*Stathis Hambimbis, physicien
e-mail de communication avec ceux qui ont signé defend.democracy.in.Greece@gmail.com

LA DECLARATION DE DELPHES

Les gouvernements européens, les institutions européennes et le FMI, agissant en étroite alliance, si ce n’est sous le contrôle d’importantes banques internationales et d’autres institutions financières, exercent maintenant les plus fortes pressions, y compris des menaces ouvertes, le chantage et une campagne de communication faite de calomnies et d’intimidations contre le gouvernement grec élu il y a peu et contre le peuple grec.

Ils demandent au gouvernement grec élu de continuer le programme de « sauvetage » et les prétendues « réformes » imposées à ce pays en mai 2010, en principe, pour « l’aider » et le « sauver ».

Il résulte de ce programme que la Grèce a expérimenté la plus grande catastrophe économique, sociale et politique de l’histoire de l’Europe occidentale depuis 1945. Elle a perdu 27 % de son PIB, plus que les pertes matérielles de la France ou de l’Allemagne pendant la Première guerre mondiale. Les conditions de vie se sont dégradées nettement, le système de protection sociale a été rien moins que détruit, les Grecs ont vu leurs droits sociaux conquis tout au long d’un siècle de luttes réduits à néant. Toutes les couches sociales sont complètement détruites ; de plus en plus de Grecs se précipitent de leur balcon pour mettre fin à une vie de misère et de désespoir ; toutes les personnes de talent qui le peuvent quittent le pays. La démocratie, sous le gouvernement de la « troïka » agissant comme un « assassin collectif », une sorte de tribunal kafkaïen, a été transformé en une simple procédure formelle dans le pays même où elle est née ! Les Grecs éprouvent maintenant les mêmes sentiments d’insécurité à propos de leurs conditions de vie les plus élémentaires que les Français ont éprouvés en 1940, les Allemands en 1945 et les Soviétiques en 1991. Dans le même temps, les deux maux que ce programme était supposé régler, la dette grecque souveraine et la compétitivité de l’économie grecque se sont nettement aggravés.

Maintenant, les institutions européennes et les gouvernements refusent même la plus raisonnable, la plus élémentaire et la plus petite concession au gouvernement d’Athènes ; ils refusent même la plus modeste formule permettant de sauver la face, si cela peut-être. Ils veulent une capitulation totale de SYRIZA, ils veulent son humiliation, sa destruction. En refusant au peuple grec une sortie pacifique et démocratique de sa tragédie sociale et nationale, ils poussent la Grèce au chaos, si ce n’est à la guerre civile. Au fait, déjà maintenant, une guerre civile sociale, de « basse intensité », se répand dans le pays, en particulier contre ceux qui sont sans protection, les malades, les jeunes et les très vieux, les plus faibles et les moins chanceux. Est-ce l’Europe dans laquelle que nous voulons que nos enfants vivent ?

Nous exprimons notre solidarité totale et inconditionnelle avec la lutte du peuple grec pour sa dignité, son salut national et social, sa libération de l’inacceptable domination néocoloniale que la Troïka tente d’imposer à un pays européen. Nous dénonçons les accords successifs, illégaux et inacceptables, que les gouvernements grecs ont été obligés, sous la menace et le chantage, de signer en violation des traités européens, de la Charte des Nations unies et de la Constitution grecque. Nous demandons aux gouvernements et institutions de l’Union européenne d’arrêter maintenant leur politique irresponsable et criminelle à l’égard de la Grèce. Nous les appelons à adopter immédiatement un généreux programme de soutien au redressement de la situation économique de la Grèce pour faire face au désastre humanitaire qui s’étend déjà sur le pays.

Nous appelons aussi tous les peuples d’Europe afin qu’ils comprennent que ce qui est en cause en Grèce, ce ne sont pas seulement les salaires et les retraites, les écoles et les hôpitaux grecs, le destin d’une nation historique où l’authentique notion d’Europe est née. Ce qui est en cause en Grèce ce sont les salaires, les retraites, le bien-être de l’Espagne, de l’Italie, et même de l’Allemagne, le destin du modèle social européen, de la démocratie européenne, de l’Europe elle-même. Cessez de croire vos médias qui vous racontent les faits avec la seule intention d’en déformer la signification ; vérifiez, de manière indépendante, ce que disent vos politiciens et vos médias. Ils tentent de créer, et ils ont créé une illusion de stabilité. Que vous viviez à Lisbonne ou Paris, à Francfort ou Stockholm, vous pouvez penser que vous vivez dans une relative sécurité. N’entretenez pas une telle illusion. Vous devriez regarder la Grèce pour voir l’avenir que vos élites vous préparent, pour nous tous et pour nos enfants. Il est plus aisé et plus intelligent de les arrêter maintenant que ce le sera plus tard. Non seulement les Grecs, mais nous tous et nos enfants, nous paierons un prix énorme si nous permettons que nos gouvernements achèvent le massacre social de toute une nation d’Europe.

Nous en appelons en particulier au peuple allemand. Nous ne sommes pas de ceux qui rappellent toujours le passé aux Allemands, en vue de les tenir dans une position inférieure de « seconde-classe » ou en vue d’user du « sentiment de culpabilité » avec des intentions douteuses. Nous apprécions beaucoup le savoir-faire du peuple allemand en matière d’organisation et de technologie et sa sensibilité démontrée en matière de démocratie et aussi, en particulier, d’écologie et de paix. Nous voulons et nous avons besoin du peuple allemand comme un des principaux défenseurs de la construction d’une autre Europe, d’une Europe prospère, indépendante et démocratique dans un monde multipolaire.

Les Allemands savent mieux que n’importe qui d’autre en Europe où la soumission aveugle à des dirigeants irresponsables peut conduire et a effectivement conduit dans le passé. Il ne nous appartient pas de leur donner une telle leçon. Ils connaissent mieux que n’importe qui d’autre combien il est aisé de commencer une campagne accompagnée de triomphalisme pour terminer avec des ruines tout autour de soi. Nous ne leur demandons pas de partager notre opinion. Nous leur demandons simplement de penser intensément à l’opinion exprimée par d’éminents dirigeants tels qu’Helmut Schmitt ; nous leur demandons d’entendre la voix du plus grand des poètes allemands contemporains, Günter Grass, et la terrible prophétie qu’il a formulée à propos de la Grèce et de l’Europe quelques années avant sa disparition.

Nous lançons un appel au peuple allemand pour qu’il arrête cette alliance faustienne entre les dirigeants politiques allemands et la finance internationale. Nous demandons au peuple allemand de ne plus permettre à son gouvernement de faire au peuple grec exactement ce que les Alliés, après leur victoire lors de la Première guerre mondiale, ont fait aux Allemands. Ne laissez pas vos élites et vos dirigeants transformer tout le continent, en ce compris l’Allemagne, en un territoire soumis à la finance.

Plus que jamais, nous nous trouvons devant la nécessité urgente d’une restructuration radicale de la dette européenne, de mesures sérieuses pour contrôler les activités du secteur financier, d’un « plan Marshal » pour la périphérie européenne, d’une réflexion et d’une relance d’un projet européen qui a prouvé qu’il n’est pas durable dans sa forme actuelle. Nous devons maintenant trouver le courage de le faire si nous voulons laisser une Europe meilleure à nos enfants, et non une Europe en ruines, dont les nations sont en conflits financiers permanents, à moins qu’ils ne deviennent ouvertement des conflits armés.

Signataires :

Altvater Elmar, Germany
Member of scientific community of AΤTAC. Retired Professor of Political Science, Free University of Berlin.
Amin Samir, Egypt/France
Economist, President of the Forum Mondial des Alternatives
Ayala Iván H., Spain
Researcher, Instituto Complutense de Estudios Internacionales
Arsenis Gerasimos, Greece
Εconomist, ex-minister of Economy, of Finance, of National Defense and of Education, ex-UN official and ex-director of UNCTAD
Artini Massimo, Italy
Member of Parliament
Bellantis Dimitris, Greece
Lawyer, PHD in Constitutional Law, Member of the Central Committee of SYRIZA
Black William, USA
Professor of Economics, University of Missouri (Kansas City)
Cassen Bernard, France
Professor Emeritus, Université Paris 8, secretary general of “Mémoire des luttes”
Chiesa, Giulietto, Italy
Politician, journalist and author, ex MEP, president of the “Alternativa” association
Freeman, Alan, Canada/UK
Geopolitical Economy Research Group, Business School, Director
Gabriel, Leo, Austria
Director of the Institute for Intercultural Research and Cooperation (IIIC), Vienna, Member of the International Council of the World Social Forum, Coordinator of the NGO Committee for Sustainable Development of the United Nations
George, Suzan, France
Political and social scientist, writer, President of the Transnational Institute
Georgopoulos, Dimosthenis, Greece
Economist, sociologist, political scientist, Secretariat on Industrial Policy, SYRIZA
German, Lindsey, UK
Convenor, Stop the War Coalition
Graeber ,David, UΚ
Professor of Anthropology, London School of Economics. Author of “Debt : The First 5,000 Years”
Hudson, Michael, USA
Professor of economics, University of Missouri (Kansas City), UMKC. President, Institute for the Study of Long-term Economic Trends (ISLET)
Irazabalbeitia, Inaki, Spain
Former MEP / responsible for International Relationships for the party ARALAR, Basque Country
Jennar, Raoul Marc, France
Dr. in political sciences, specialist on European law and on WTO regulations, writer of twenty books, among them “Europe, la trahison des élites”
Kagarlitsky, Boris, Russia
Director of the Institute for globalization studies and social movements (IGSO)
Kalloniatis, Costas , Greece
Phd on macroeconomics, adviser to the Ministry of Labour, researcher in the Labor Institute of the General Confederation of Workers of Greece
Kasimatis, Giorgos, Greece
Prof. Emeritus of Constitutional Law, University of Athens. Founder and Honorary President of the International Association of Constitutional Law, ex-advisor to PM _ Andreas Papandreou.
Koenig, Peter, Switzerland
Εconomist / geopolitical analyst
Koltashov, Vasiliy, Russia
Head of the economic research unit of the Institute for Globalisation and Social Movements
Konstantakopoulos, Dimitris, Greece
Journalist, Writer, Coordinator of the Delphi Initiative
Koutsou, Nikos, Cyprus
Member of Parliament from Famagusta
Kreisel, Wilfried, Germany
Former Executive Director, World Health Organization
Mavros, Giannis, Greece
Member of the National Council for the Claiming of Germany’s Debts to Greece
Mityaev, Dmitry A. , Russia
Deputy Chairman of the Council for Study of Productive Forces of the Ministry of Economic Development and the Russian Academy of Sciences on Development Issues
Ochkina, Anna, Russia
Head of Department of social theory at Penza State University
Pantelides, Panagiotis, Greece
Economist, senior researcher, European Institute of Cyprus
Petras, James, USA
Bartle Professor Emeritus , Binghamton University
Ex-Director of the Center for Mediterranean Studies (Athens), ex-adviser to the Landless Rural Workers Movement of Brasil and the Unemployed Workers Movement in Argentina
Pinasco, Luca, Italy
National coordinator of Proudhon Circles-Editor for foreign policy of the journal “L’intellettuale dissidente”.
Radika, Desai, USA
Professor, Director of the Geopolitical Economy Research Group, University of Manitoba
Rees, John, UK
Co-founder, Stop the War Coalition
Roberts, Paul Craig, USA
Former Assistant Secretary of the US Treasury for Economic Policy, Associate Editor, Wall Street Journal, Senior Research Fellow, Stanford University, William E. Simon Chair in Political Economy, Center for Strategic and International Studies, Georgetown University, Washington, D.C.
Sideratos, Aggelos, Greece
Publisher
Sommers, Jeffrey, USA
Senior Fellow, Institute of World Affairs, Professor, University of Wisconsin-Milwaukee
St Clair, Jeffrey, USA
Editor, CounterPunch, author, Born Under a Bad Sky
Stierle, Steffen, Germany
Εconomist, ATTAC Germany
Syomin, Konstantin, Russia
Author, TV host at All-Russia State Television (VGTRK.com)
Tombazos, Stavros, Greece
Professor of Political Economy, University of Cyprus, member of the international “Committee of Truth on Greek Sovereign Debt” (debt auditing committee) created by the Greek parliament
Vanaik, Achin, India
Retired Professor of International Relations and Global Politics, University of Delhi
Xydakis, Nikos, Greece
Minister of Culture
Zachariev, Zachari, Bulgaria
President of the Slaviani Foundation
Zdanoka, Tatjana, Latvia
Member of European Parliament

 

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LA CRISE ECONOMIQUE EUROPEENNE EN TANT QU’ INSTRUMENT DE LA TRANSFROMATION D’ EUROPE – ET LES REPONSES POLITIQUES POSSIBLES

Six ans après le déclenchement de la grande crise financiere et économique de 2008-09, aucune des causes fondamentales qui l’ont provoquée n’a été combattue. Au contraire, les gouvernements européens ainsi que les institutions de l’U.E. ont intensifié les politiques de «libéralisation» qui sont justement la racine du mal, en libéralisant davantage une économie déjà complètement déréglée. Gouvernements et institutions européens ont refusé de procéder à une intervention anticyclique («saine», bien entendu) dans la conjoncture économique, ont ajouté de nouvelles dettes aux dettes privées et publiques déjà démesurées de l’Europe, ont augmenté encore plus les inégalités sociales et la pauvreté dans le continent. Dans certains pays-«pilotes», ils ont entièrement démoli l’Etat social et miné la démocratie, en installant des rapports profondément inégaux et dans certains cas colonialistes à l’intérieur même de l’U.E.

 

Durant un demi siècle, l’argument par excellence de l’Occident face au «communisme soviétique» a été le « bonheur », le niveau de vie élevé, la sécurité et les libertés du «citoyen et consommateur occidental». Le tiers monde était appelé à suivre l’exemple des pays développés de l’Ouest et non pas, bien entendu, celui du communisme, afin d’élever son niveau de vie en le rapprochant progressivement de celui des pays occidentaux.

 

Déjà avec la chute du communisme soviétique, en 1989-1991, une grande partie de l’ancien «monde socialiste» a rejoint le «tiers monde». À la place du mur de Berlin on a dressé, en Europe, un Mur invisible mais bien plus élevé, celui de l’Argent. Après le déclenchement de la crise économique de 2008-09, et pour la première fois dans l’histoire, la question du tiers monde s’est posée en sens inverse. On ne cherche plus comment rapprocher graduellement le «tiers» monde du «premier», son niveau du niveau de prospérité et de libertés du dernier. Or, il s’agit maintenant de faire en sorte que, au nom de la «compétitivité», les pays occidentaux développés se rapprochent des normes sociales et politiques du «Tiers Monde»! Les forces du capital, notamment du capital financier, et leurs représentants politiques exigent que les peuples européens abandonnent leurs principaux acquis sociaux, politiques et culturels. Le mécanisme de la Dette et les «Troïka» des Créanciers, qui se mettent à gouverner des pays entiers, tendent à ôter toute substance aux institutions étatiques et politiques de l’Europe encore formellement démocratiques, qui ont fait «l’orgueil» de l’Occident durant la Guerre Froide et sa confrontation au «socialisme réel». Cependant, même là où on n’a pas encore installé des «Troïka», parlements et gouvernements dependent directement ou de l’Argent, ou bien légifèrent et agissent sous l’Épée de Damoclès de «l’automatisme» manipulé des «Marchés».

 

La situation actuelle de l’Europe represente la plus sérieuse menace apparue, depuis la victoire sur le fascisme, pour le niveau de vie, la souveraineté populaire, les droits sociaux mais aussi politiques, humains et nationaux dont jouissent les citoyens européens. Non seulement on n’a pas su faire face à la crise économique et sociale, qui menace de resurgir encore plus rigoureuse qu’en 2008-2009, mais celle-ci a été utilisée et continue d’être utilisée, dans le contexte d’ une «stratégie du choc» néolibérale classique, contre les peuples européens et leurs conquêtes. Les pays de la «périphérie» européenne, en réalité la moitié de l’Europe, connaissent une régression économique sans précédent. Dans le cas de la Grèce, un pays qui sert de cobaye pour toute l’Europe, la catastrophe économique et sociale déjà accomplie, à cause de la gouvernance colonialiste par une troïka des créanciers et d’un plan orwelien de soi-disant «sauvetage», a dépassé les précédents historiques de la Grande Depression aux États Unis ou de la République de Weimar avant l’arrivée au pouvoir de Hitler. Sans même que ce pays soit amené du moins à une réduction de sa dette publique démesurée, qui a connu, au contraire, une augmentation de près de 50% en tant que pourcentage de son PIB entre 2010 et 2014. Mais, dans le cas de la Grèce, plus importantes encore que les pertes matérielles, ont été les pertes morales, l’effort de briser, moyennant des méthodes Kafkaïennes, la confiance et le respect de soi du peuple grec, à savoir le fondement de la revendication démocratique à l’époque moderne.

 

En réalité, une alliance des classes superieures de l’ «Euro-Allemagne» et d’ un “Empire de l’Argent” mondial, avec le concours d’institutions telles que le FMI, la BCE et la Commission Européenne, ont utilisé la crise pour lancer une offensive contre les conquêtes fondamentales des peuples européens après la victoire contre le fascisme, éventuellement même pour poser les bases du rejet des conquêtes des Lumières et des grandes révolutions européennes. Il ne s’agit cependant pas uniquement ou essentiellement des pertes matérielles, quelles qu’elles soient. Il s’agit surtout d’ une «contre-révolution» morale et culturelle majeure qui veut soumettre les peuples a la dictature des forces monstrueuses et insensées, obscurantistes et totalitaires d’un Argent lié de moins en moins à la valeur, à la production, à la société et à l’Homme. Si un tel plan ne rencontre à court terme de grandes résistances populaires, nous risquons d’être conduits vers une nouvelle forme extrêmement dangereuse de totalitarisme métamoderne, comme celle décrite par les écrivains Zamyatin, Huxley, Orwell ou Kafka.

 

 

 

Les «Marchés» et, derrière eux, ceux qui contrôlent le grand capital financier mettent les peuples européens face à l’éventualité soit d’être contraints de se soumettre à une Union Européenne qui se transforme en une infrastructure d’un «Empire de l’Argent» totalitaire, soit d’affronter chacun séparément et à partir d’une position de faiblesse et d’inégalité l’offensive des marchés.

 

 

 

Parallèlement à l’évolution de la situation économique et aux «guerres de dette», une alliance de néoconservateurs (à savoir des forces les plus extrémistes de l’estabishment international, directement responsables des guerres, du chaos et de la destruction de la quasi totalité du monde arabe) et d’une aile de l’ «État profond» des USA (Brzezinski) a contribué, par des interventions sans précédent dans les affaires intérieures de l’Ukraine, au déclenchement d’une guerre civile au coeur de l’Europe, en perturbant les rapports de l’Europe de l’Ouest avec la Russie de manière inédite même pendant la période de le Guerre Froide. Il faudrait retourner à la crise de Berlin pour retrouver une ambiance aussi belliqueuse dans notre continent. À l’époque de Staline, de Khrushchev et de Brezhnev les pays de l’Ouest avaient en général de meilleurs rapports avec la Russie que ceux d’aujourd’hui! Les grands Média européens, contrôlés également par l’oligarchie financière, ont déclenché une campagne hystérique contre Moscou qui n’a rien à envier aux pires pages de propagande de la Guerre Froide et qui reflète l’importance du recul de la démocratie dans nos sociétés.

 

 

 

Depuis l’époque où le Président De Gaulle parlait de l’Europe «de l’Atlantique jusqu’à l’Oural» et le Chancelier Willy Brandt adoptait la fameuse Ostpolitik, depuis l’époque même où Chirac, Schröder et Poutine s’unissaient contre l’aventurisme des USA en Iraq, l’entente entre l’Ouest et l’Est en Europe a été la principale condition de la prospérité et de l’indépendance européennes. Par contre, les guerres de dette à l’intérieur de l’U.E., la guerre civile chaude en Ukraine, la guerre froide avec la Russie ne pourront avoir d’autre résultat, si elles continuent et qu’elles s’intensifient, que la consolidation de la domination de forces extérieures à l’Europe, comme cela est arrivé dans le passé lors de la première et de la seconde guerres mondiales. Les affrontements intraeuropéens qui s’intensifient, combinés avec l’offensive contre l’État social européen, la conquête la plus importante de la civilisation et de la démocratie européennes, ouvrent la voie à une Europe dominée par les forces de l’Argent et des USA.

 

 

Pendant ce temps, les forces dominantes de la social-democratie européenne, du syndicalisme et de mouvements sociaux, mais aussi plus largement, les forces politiques qui ont représenté des courants historiques d’une certaine dignité et indépendance européennes, tel le gaullisme français à son époque, ou encore qui ont incorporé certains éléments de tradition sociale, semblent être entrées depuis longtemps dans une période de décadence profonde soit en se soummettant à l’Argent, soit en étant dans l’incapacité d’élaborer une stratégie efficace quelconque, se limitant déséspèrement à un cadre national qui est relativement, et en tout cas à long terme, insuffisant pour affronter les forces de l’oligarchie financière qui, elles, disposent de moyens et d’une stratégie régionale et mondiale intégrée. C’est d’ailleurs là justement une de nos différences les plus importantes avec une extrême droite qui, de nos jours, s’approprie souvent de façon démagogique les notions de Nation et de Peuple et qui soutient qu’il est possible de trouver une solution exclusivement nationale aux problèmes posés par l’offensive de l’Argent, des Marchés, à l’échelle européene et mondiale. Cela ne signifie pas, bien entendu, qu’un pays (ou un groupe de pays) qui subit une pression insupportable ne doit pas essayer de trouver une solution «nationale». Mais cela signifie que l’on peut difficilement espérer une inversion durable et viable de la situation à long terme «dans un seul pays» et que cela serait possible uniquement au niveau d’au moins un nombre important de pays.

 

Tout cela imposait depuis longtemps une meilleure coordination des forces qui veulent véritablement s’opposer à cette offensive inouïe contre la civilisation européenne. Pourtant nous semblons, malheureusement, nous trouver encore dans une situation pas bien meilleure que celle des premières années de la première guerre mondiale, lorsque la majeure partie du mouvement socialiste européen cédait aux sirènes belliqueuses et votait, pleine d’anthousiasme, les dépenses militaires. À l’époque, seule une poignée de socialistes, qui étaient restés fidèles à la politique de la paix se sont rencontrés aux conférences historiques de Zimmerwald, de Kendal et de Stockholm pour s’opposer au massacre. À l’époque, elles s’étaient soumises au militarisme des gouvernements capitalistes, aujourd’hui, la majorité écrasante des forces politiques du continent sont soumises à la logique du Finance, ce qui rend absolument nécéssaire pour les forces qui s’opposent à cette perspective, de se rencontrer le plus rapidement possible et de coordonner leur action, en vue des futures crises qui vont surgir rapidement, et essayer de travailler pour la création d’une alternative européenne à la mondialisation libérale et au «capitalisme de la catastrophe», pour donner du courage aux peuples qui sont les premiers à subir l’offensive du capital, notamment financier.

 

 

 

Il est imperatif depuis lingtemps de elaborer une strategie coherente contre l’ offensive des marches, qui va inclure l’ elaboration d’une alternative programatique globale pour l’Europe (y comprise la discussion sur les nouvelles formes de keynsianisme, la necessite eventuelle des formes de protectionnisme, la lutte pour un «complément» social et écologique de Maastricht, mesures pour le contrôle des banques, l’ interdiction derives, l’ annulation de la dette et l’avenir de la croissance…). Il faux repondre aussi de facon urgente aux cas des «colonies de dette» en voie de destruction (Grèce, Chypre), et aussi debattre des questions relatives a une integration alternative europeenne.

 

Il nous foux s’ orienter vers la creation d’ un forum d’ echange d’ idees permanent, a l’ echelle europeenne, sans exclusions préalables d’idées et de personnes, avec la participation d’hommes et femmes politiques, de militants, de syndicalistes, d’intellectuels, de scientifiques, de personnalités et de mouvements qui ont une activité dans le continent européen, inspirée de points de vue tels que ceux exposés dans cet appel.

 

Si nous échouons, si nous ne parvenons pas à dresser un mur de résistance contre le totalitarisme rampant des marchés, il est fort probable qu’une éventuelle nouvelle vague de la crise économique conduira à l’ imposition de nouvelles formes d’autoritarisme, de totalitarisme et de fascisme, mais aussi à de nouvelles guerres économiques ou conventionnelles, froides ou chaudes en Europe, facilitant en même temps considérablement la prédominance soit de formes totalitaires de gouvernance planétaire soit d’un Chaos géopolitique et écologique sur toute la planète, l’un n’excluant pas l’autre.

 

Dimitris Konstantakopoulos

 

konstantakopoulosd@yahoo.gr